Tu peux manger la même quantité de calories, le même gras, le même sucre et le même sel, et quand même avaler 508 kcal de plus par jour. C’est ce qu’a mesuré un essai du National Institutes of Health américain, publié en 2019 dans Cell Metabolism. La seule variable qui changeait : les aliments étaient ultra-transformés, ou ils ne l’étaient pas. En France, ces produits représentent 18,4 % du poids de ce qu’on mange, et 35,9 % des calories qu’on avale.

Le résumé en 1 min 25, si tu préfères écouter.

L’essai qui a tranché : mêmes repas, 508 kcal de plus

Vingt adultes ont vécu un mois entier dans une unité de recherche du NIH. Deux semaines avec une alimentation ultra-transformée, deux semaines avec une alimentation non transformée, dans un ordre tiré au sort. Personne ne comptait ses calories. Chacun mangeait autant qu’il voulait.

Le point qui rend cet essai solide, c’est l’appariement des repas. Les deux menus présentaient la même quantité de calories, de glucides, de lipides, de sucre, de sel et de fibres. Sur le papier, manger l’un ou l’autre revenait au même.

Résultat : sur le régime ultra-transformé, les participants ont consommé 508 kcal de plus par jour. Ils ont pris 0,9 kg en deux semaines. Sur le régime non transformé, sans aucune consigne de restriction, ils ont perdu 0,9 kg.

Un essai contrôlé randomisé, en milieu fermé, où le chercheur maîtrise ce qui entre dans l’assiette : c’est le contraire d’un sondage déclaratif. C’est aussi ce qui permet de parler de cause, et pas seulement d’association.

508 kcal par jour, ça pèse quoi sur ta balance

Fais le calcul sur la durée de l’essai. 508 kcal fois 14 jours, ça fait 7 112 kcal d’excédent sur deux semaines. La vieille règle de pouce des nutritionnistes, qui date de 1958 et reste approximative, estime un kilo de masse grasse autour de 7 700 kcal. On tombe sur 0,92 kg. Les chercheurs ont mesuré 0,9 kg. Les deux chiffres se rejoignent, ce qui n’arrive pas si souvent.

Maintenant mets ton propre chiffre en face. Le calcul du métabolisme de base te donne ce que ton corps brûle au repos sur vingt-quatre heures, sans bouger. Compare 508 kcal à ce total. Ce n’est pas une miette qui se rattrape en montant un escalier.

En France : 18 % du poids de l’assiette, 36 % des calories

L’équipe de l’étude NutriNet-Santé a passé au crible les carnets alimentaires de 74 470 adultes français. Les produits ultra-transformés pèsent 18,4 % des aliments consommés, mesurés en grammes. Mais ils fournissent 35,9 % de l’apport énergétique.

Relis ces deux chiffres. Moins d’un cinquième du poids, plus d’un tiers des calories. L’écart tient à la densité énergétique : ces produits concentrent beaucoup d’énergie dans peu de volume, et ton estomac ne les signale pas comme il signalerait un plat de légumes.

La même étude décrit ce que mangent les plus gros consommateurs : 180,3 g de fruits et légumes en moins par jour, 17,1 g de sucres ajoutés en plus, et 4 g de fibres en moins. Les fibres jouent un rôle direct sur la satiété, et tu peux voir ce que ça représente sur la page des aliments riches en fibres.

Étal de marché avec des tomates de Provence à 3,99 euros le kilo, des gousses d'ail et des cagettes en bois
Les produits bruts n’arrivent pas avec une liste d’ingrédients.

Dix points d’ultra-transformé de plus, et le risque grimpe

Une autre analyse de NutriNet-Santé, publiée dans PLoS Medicine en 2020, a suivi 110 260 adultes de 2009 à 2019. Elle a compté 7 063 nouveaux cas de surpoids et 3 066 nouveaux cas d’obésité pendant la période.

Le résultat est chiffré simplement. Quand la part d’aliments ultra-transformés augmente de 10 points dans l’alimentation, le risque de surpoids monte de 11 % et le risque d’obésité de 9 %. Les intervalles de confiance sont étroits : 1,08 à 1,14 pour le surpoids, 1,05 à 1,13 pour l’obésité.

Dix points, ce n’est pas un bouleversement du caddie. C’est passer de 30 % à 40 % de sa ration quotidienne. Beaucoup de gens font ce trajet sans s’en apercevoir, juste en changeant de rythme de travail. Si tu veux situer ton point de départ, le calcul de l’IMC prend dix secondes, et les autres formules sont regroupées sur la page calculateurs.

Pourquoi ça fait manger plus

L’essai du NIH a relevé un détail qui explique beaucoup : les participants mangeaient plus vite sur le régime ultra-transformé. Un aliment mou, préparé pour être avalé sans effort, laisse moins de temps aux signaux de satiété pour arriver. Quand ils arrivent, l’assiette est déjà vide.

Deuxième piste, la protéine. Sur le régime non transformé, elle représentait 15,6 % des calories. Sur l’ultra-transformé, 14 %. L’écart paraît minuscule. L’hypothèse que testent les chercheurs est que le corps continue de manger jusqu’à atteindre sa cible de protéines, et qu’il avale donc plus de tout le reste pour y arriver.

Troisième piste, l’étiquette elle-même. Elle ne dit pas tout ce que tu crois : la réglementation lui accorde une marge de 20 %, et la cuisson change ce que ton corps tire réellement d’un aliment. On a détaillé ces écarts dans cet article sur la marge légale des étiquettes de calories.

Pâtes sèches, aubergine, tomates, poivrons jaunes, olives et pain posés sur une table en bois
Des pâtes sèches et du pain ne sont pas des ultra-transformés : la ligne de partage passe ailleurs.

Repérer un ultra-transformé sans y passer la soirée

La classification qui fait référence s’appelle NOVA. Elle vient de l’université de São Paulo et range les aliments en quatre groupes, selon le degré de transformation industrielle et non selon la teneur en nutriments.

Le groupe 1 rassemble les aliments bruts ou peu transformés : légumes, fruits, viande, œufs, lait, légumes secs. Le groupe 2, les ingrédients culinaires : huile, beurre, sel, sucre. Le groupe 3, les aliments transformés, faits en combinant les deux premiers : pain, fromage, conserves de légumes. Le groupe 4, les ultra-transformés, sont des formulations industrielles où entrent des substances qu’on n’a jamais dans sa cuisine.

D’où un repère utilisable en rayon, en quelques secondes : retourne le paquet et lis la liste d’ingrédients. Si tu y trouves des noms qui n’existent pas dans ton placard, sirop de glucose-fructose, protéines de lait hydrolysées, émulsifiants, arômes, colorants, tu es dans le groupe 4. Le nombre d’ingrédients compte moins que leur nature.

Attention au raccourci fréquent : ultra-transformé ne veut pas dire mauvais Nutri-Score, et un bon Nutri-Score ne veut pas dire groupe 1. Les deux systèmes mesurent des choses différentes, comme on l’expliquait à propos du Nutri-Score et de ce qu’il ne dit pas sur ton poids.

Ce que ces chiffres ne disent pas

L’essai du NIH porte sur vingt personnes et deux semaines par régime. C’est peu, et c’est le reproche principal qu’on lui fait. Il montre un effet net dans des conditions contrôlées, il ne dit pas ce que ça donne sur dix ans dans une vraie vie.

Les données NutriNet-Santé, elles, portent sur des dizaines de milliers de personnes, mais ce sont des cohortes observationnelles. Elles décrivent des associations. Les volontaires sont à 78 % des femmes, ils s’inscrivent d’eux-mêmes et s’intéressent déjà à leur alimentation : ce n’est pas un échantillon représentatif de la France.

Enfin, la classification NOVA reste discutée entre chercheurs. Elle mélange dans un même groupe un soda et un plat préparé riche en légumes, et certains lui reprochent de manquer de précision.

Un dernier point, qui n’est pas un détail : cet article explique des données, il ne remplace aucun avis médical. Si ton poids bouge sans que tu l’aies décidé, ou si tu veux modifier sérieusement ton alimentation, parles-en à ton médecin ou à un diététicien.

Ce qu’il faut retenir

À calories présentées identiques, l’alimentation ultra-transformée a fait manger 508 kcal de plus par jour aux participants du NIH. En France, ces produits pèsent moins d’un cinquième de l’assiette en poids et plus d’un tiers des calories. Et dix points de part en plus s’accompagnent de 11 % de risque de surpoids en plus.

Le geste le plus rentable ne coûte rien : retourner le paquet avant de le mettre dans le caddie.

Sources

Hall KD, Ayuketah A, Brychta R, et al., « Ultra-Processed Diets Cause Excess Calorie Intake and Weight Gain: An Inpatient Randomized Controlled Trial of Ad Libitum Food Intake », Cell Metabolism, 2019, volume 30, pages 67 à 77. Julia C, Martinez L, Allès B, et al., « Contribution of ultra-processed foods in the diet of adults from the French NutriNet-Santé study », Public Health Nutrition, 2018, volume 21, numéro 1, pages 27 à 37. Beslay M, Srour B, Méjean C, et al., « Ultra-processed food intake in association with BMI change and risk of overweight and obesity », PLoS Medicine, 2020, volume 17, numéro 8, e1003256. Monteiro CA et coll., classification NOVA, université de São Paulo.