Le 7 septembre 2026, l’application Yuka, le professeur Serge Hercberg, créateur du Nutri-Score, et Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm, ont publié un livre blanc qui documente sept tactiques employées depuis plus de dix ans pour affaiblir le logo à cinq couleurs. Procès, études financées, étiquette concurrente, relais politiques : le dossier est lourd, et les industriels visés contestent. Mais il y a une limite du Nutri-Score que personne ne conteste, et qui compte plus que tout si tu surveilles ton poids : le logo note la qualité de 100 grammes d’un produit, jamais la quantité que tu en manges. Un B peut cacher 900 kcal.

Le résumé en 1 min 30, si tu préfères écouter.

Ce que dit le livre blanc du 7 septembre

Le document est signé Julie Chapon, cofondatrice de Yuka, Serge Hercberg et Mathilde Touvier. Ouest-France l’a relayé le 9 septembre. Les auteurs décrivent sept méthodes d’influence, qu’ils comparent à celles des lobbies du tabac et des pesticides :

  1. Décrédibiliser le logo et ses porteurs, en présentant sa simplicité comme un défaut : « simpliste », « infantilisant ».
  2. Multiplier les étiquettes concurrentes. En 2017, six multinationales (Coca-Cola, Mars, Mondelez, Nestlé, PepsiCo, Unilever) ont lancé l’Evolved Nutrition Label, qui affiche une couleur par nutriment et raisonne par portion plutôt que par 100 grammes. Une portion réduite verdit l’affichage.
  3. Attaquer par des relais peu exposés : les fédérations professionnelles montent au front, pas les marques.
  4. Déplacer le débat vers le terroir, la tradition et l’emploi, avec des propositions pour exempter les produits AOP et IGP.
  5. Multiplier les procédures. La fédération des industriels de la charcuterie a assigné Yuka en janvier 2021 pour pratiques commerciales déloyales. Les demandes dépassaient 1,4 million d’euros, pour une entreprise dont le bénéfice net annuel tournait autour de 20 000 euros. Près de trois ans de bataille, près de 500 000 euros de frais, une condamnation à 20 000 euros annulée en appel.
  6. Fabriquer le doute scientifique. Une analyse publiée dans BMJ Global Health en 2023 a passé en revue 134 publications sur le Nutri-Score : 23 seulement lui étaient défavorables, et une étude avait 21 fois plus de chances de l’être quand ses auteurs déclaraient un conflit d’intérêts ou un financement par l’industrie.
  7. Transformer un État en relais. L’Italie a imposé par décret, fin 2020, son propre système, le NutrInform Battery.

Les industriels cités ne répondent pas tous de la même façon. D’après L’Express, Nestlé affirme que le Nutri-Score est « un pilier de son étiquetage » et se dit favorable à un affichage obligatoire s’il est harmonisé en Europe. Mars plaide pour un système commun à l’échelle de l’Union. Mondelez, Unilever et Coca-Cola n’ont pas répondu. L’ANIA, l’association des industries alimentaires, préfère un étiquetage qui reste volontaire.

Rayon frais de supermarché rempli de pots de yaourt et de fromages blancs, étiquettes de prix jaunes
Jusqu’en mars 2027, deux produits voisins peuvent afficher deux versions du calcul, ou plus de logo du tout.

Où en est le logo en 2026 : 63 % des ventes, et toujours pas obligatoire

Le Nutri-Score reste volontaire en France, comme dans les six autres pays qui l’ont adopté. Selon UFC-Que Choisir, les députés avaient voté le 7 novembre 2025 un amendement pour le rendre obligatoire dans le budget de la Sécurité sociale. Le Sénat l’a rejeté, et la mesure n’a pas survécu à la nouvelle lecture début décembre 2025.

Le suivi annuel de l’Oqali, l’observatoire de l’alimentation piloté par l’INRAE et l’Anses, publié le 17 juin 2026, donne la mesure de l’adoption :

Autre point de calendrier. Le nouvel algorithme est entré en vigueur par l’arrêté du 14 mars 2025, avec deux ans pour changer les emballages. Jusqu’en mars 2027, deux produits côte à côte peuvent donc afficher deux versions du calcul, et certaines marques ont préféré retirer le logo plutôt que d’afficher une lettre moins flatteuse.

Ce que le nouveau calcul change dans ton caddie

D’après la fiche de service-public.fr du 20 mars 2025, la version 2025 du Nutri-Score corrige plusieurs classements qui faisaient débat :

Ces corrections vont dans le sens des recommandations françaises. Elles ne changent rien au principe de base du logo, et c’est là que tu dois rester attentif.

Carafe en verre d'huile d'olive posée sur une table en bois, olives noires et branches d'olivier autour
L’huile d’olive est passée de C à B. Elle reste à environ 900 kcal pour 100 g.

Ce que le logo ne te dit pas sur ton poids

Le Nutri-Score note la qualité nutritionnelle d’un aliment pour 100 grammes ou 100 millilitres. Il ajoute des points défavorables pour l’énergie, les sucres, les graisses saturées et le sel, et retire des points pour les fibres, les protéines, les fruits, légumes et légumineuses. Le résultat tombe dans une lettre, de A à E.

Trois conséquences pratiques :

  1. Un A n’est pas un aliment léger. La lettre juge la qualité, pas la quantité. Deux assiettes d’un plat A pèsent plus lourd dans ta journée qu’une petite part d’un plat C.
  2. Un B peut être très calorique. L’huile d’olive vient de gagner une lettre. Elle apporte toujours environ 900 kcal pour 100 g, d’après la table Ciqual de l’Anses. Un bon choix pour la qualité des graisses, pas une raison d’en verser deux fois plus. Notre classement des aliments les plus caloriques pour 100 g te donne les ordres de grandeur.
  3. Le logo ne connaît pas tes besoins. Il compare des produits entre eux, à l’intérieur d’un même rayon. Ce que tu peux manger dans une journée dépend de ton métabolisme de base et de ton activité. Tu peux estimer les deux avec notre calculateur de métabolisme de base.

Le livre blanc rappelle d’ailleurs que le raisonnement par portion, celui de l’étiquette concurrente de 2017, est justement la faille que les industriels ont voulu exploiter. Le 100 grammes est moins intuitif, mais il ne se manipule pas.

Comment t’en servir sans te tromper

Et si ta question dépasse le choix entre deux produits, parce qu’un médecin te suit pour ton poids, ton diabète ou ton cholestérol, c’est avec lui ou avec un diététicien que se règle la liste de courses. Le logo aide à comparer, il ne remplace pas un avis médical.

Sources