Il n’existe pas un poids idéal. Il en existe quatre, et ils ne tombent pas d’accord. Prends une femme d’1,65 m, 40 ans, d’ossature moyenne. Les quatre formules que ce site calcule lui donnent 59,0 kg, 59,9 kg, 62,1 kg et 66,5 kg. Sept kilos et demi d’écart, pour le même corps, le même jour, sans qu’aucun calcul ne se trompe. Le principal responsable tient dans une mesure que presque personne ne prend : le tour de poignet. Chez Monnerot-Dumaine, un centimètre de poignet en plus ajoute exactement deux kilos au résultat. Voici les quatre calculs posés, ce que chacun regarde, et ce qu’il faut en faire.

Le résumé en 1 min 30, si tu préfères écouter.

Le même corps, quatre réponses

Reprenons notre exemple : femme, 1,65 m, 40 ans, tour de poignet 17 cm, donc une ossature classée moyenne. Voici ce que chaque formule répond.

Entre la plus basse et la plus haute, 7,5 kg. Ce n’est pas une erreur de calcul, ni un bug de calculateur. C’est que les quatre formules ne posent pas la même question. Tu peux les lancer toutes les quatre d’un coup sur notre calculateur de poids idéal, et voir l’écart sur tes propres chiffres.

Chez un homme, l’écart se resserre. Pour 1,80 m, 30 ans, poignet de 18 cm, les quatre donnent 71,3, 72,5, 74,7 et 76,0 kg, soit 4,7 kg de fourchette. Les formules divergent surtout sur les silhouettes féminines, parce que c’est là que leurs coefficients diffèrent le plus.

Calculatrice de bureau affichant zéro, posée sur un carnet à spirale quadrillé, à côté d'un stylo noir

Pourquoi elles ne peuvent pas être d’accord

L’IMC ne cherche pas un poids, il donne une zone

L’indice de masse corporelle divise ton poids en kilos par ta taille en mètres au carré. Il ne sort pas un nombre unique : il dessine une plage, de 18,5 à 25, dans laquelle on considère la corpulence normale. Pour 1,65 m, cette plage va de 50,4 kg à 68,1 kg. Dix-sept kilos de large. Le chiffre de 59,9 kg cité plus haut n’est que le centre de cette zone, pas une cible. Le détail du calcul et des seuils est sur la page consacrée à l’IMC.

Lorentz ne connaît que ta taille et ton sexe

La formule de Lorentz est la plus courte des quatre. Elle prend ta taille, elle regarde si tu es un homme ou une femme, et elle s’arrête là. Ni l’âge, ni l’ossature, ni rien d’autre. C’est ce qui la rend rapide, et c’est aussi ce qui la rend la plus basse des quatre dans la plupart des cas. Sa page détaillée donne les deux variantes, homme et femme.

Creff ajoute l’âge et l’ossature

Creff fait entrer deux paramètres de plus. L’âge d’abord, parce qu’un poids de référence à 25 ans n’est pas celui de 60 ans. La morphologie ensuite, à travers un coefficient de 0,9, 1,0 ou 1,1 selon que l’ossature est fine, moyenne ou large. Le mode d’emploi complet est sur la page de la formule de Creff.

Monnerot-Dumaine ne regarde que l’os

Celle-ci remplace la case morphologie par une mesure directe : ton tour de poignet en centimètres, multiplié par quatre. L’idée se tient. Le poignet est un des rares endroits du corps où il n’y a quasiment pas de graisse sous la peau, donc sa circonférence dit surtout la taille de ton squelette. Le problème, c’est le poids que cette mesure prend dans le résultat.

Le tour de poignet déplace plus de kilos que l’âge

Fais le test. Reprends la formule de Monnerot-Dumaine et change uniquement le poignet, d’un seul centimètre. Le résultat bouge de deux kilos. Toujours. C’est mécanique : le poignet est multiplié par quatre, puis l’ensemble est divisé par deux.

Pour notre femme d’1,65 m, ça donne 60,5 kg avec un poignet de 14 cm, et 70,5 kg avec un poignet de 19 cm. Dix kilos d’écart pour cinq centimètres de poignet.

Poignet d'un homme en chemise claire portant une montre dorée à bracelet maille, main dans la poche

Chez Creff, l’effet est encore plus brutal, parce qu’il passe par une case à cocher. La même femme obtient 55,9 kg en ossature fine, 62,1 kg en moyenne, 68,3 kg en large. Douze kilos et demi séparent les deux extrêmes, et tout se joue sur un seuil à 16 cm et un autre à 18 cm. Un poignet mesuré à 15,8 cm et un poignet mesuré à 16,1 cm ne changent rien à ton corps, mais ils changent ton résultat de six kilos.

Mets ça en face de l’âge, qui semble pourtant le paramètre le plus sérieux. Chez Creff, toujours pour cette femme, passer de 20 ans à 70 ans ne déplace le poids de référence que de 4,5 kg. Un demi-siècle pèse moins lourd, dans le calcul, que trois centimètres de poignet.

Conséquence pratique : si tu utilises ces formules, mesure ton poignet correctement. Au point le plus fin, juste au-dessus de l’os saillant, ruban à plat sans serrer. Et si tu tombes pile sur un seuil, regarde les deux résultats plutôt que d’en choisir un.

Ce que les quatre disent quand même ensemble

L’écart est réel, mais il ne rend pas ces calculs inutiles. Regarde où tombent les quatre résultats : 59,0, 59,9, 62,1 et 66,5 kg. Tous les quatre tiennent à l’intérieur de la plage de corpulence normale de l’IMC, qui va de 50,4 à 68,1 kg pour cette taille. Aucune des formules ne t’envoie dans la maigreur, aucune ne t’envoie dans le surpoids.

C’est là leur vraie information. Prises ensemble, elles ne désignent pas un poids, elles délimitent une zone, ici entre 59 et 66 kg environ. Un chiffre unique de poids idéal serait plus confortable à lire. Il serait aussi plus faux.

Ce qu’aucun des quatre calculs ne sait

Les quatre formules partagent la même limite, et elle est de taille. Aucune ne sait de quoi tes kilos sont faits. Elles reçoivent une taille, parfois un âge, parfois un tour de poignet, et elles rendent un nombre. Le muscle et la graisse pèsent pareil sur la balance, et aucun de ces calculs ne les distingue. Une commission de 58 experts réunie par The Lancet a d’ailleurs demandé en janvier 2025 qu’on cesse de juger une personne sur son seul IMC : c’est le sujet de notre article sur les 39 % de mal classés.

Deuxième limite : aucune de ces trois formules de poids idéal ne figure dans les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. La référence internationale reste l’IMC et sa plage de 18,5 à 25. Lorentz, Creff et Monnerot-Dumaine sont des outils d’estimation, utiles pour se situer, pas des normes médicales.

Troisième limite, souvent oubliée : l’IMC lui-même n’est pas adapté aux enfants, aux femmes enceintes, ni aux personnes de plus de 65 ans. Passé cet âge, un IMC un peu plus haut est plutôt un signe favorable, et les seuils changent de sens.

Ce que tu fais de ces quatre chiffres

Trois gestes simples, dans cet ordre.

Si tu veux passer du poids de référence à ce que ton corps dépense vraiment, c’est l’autre moitié du sujet : le calcul du métabolisme de base te donne les calories brûlées au repos, un chiffre qui, lui, se rapporte à ton corps et pas à une moyenne de population.

Un dernier point. Ces formules décrivent des populations, pas des personnes. Si ton poids t’inquiète, s’il bouge sans que tu comprennes pourquoi, ou si tu envisages de le changer, la conversation se tient avec un médecin ou un diététicien. Aucun calculateur, le nôtre compris, ne remplace un examen.

Sources : formules de Lorentz, de Creff et de Monnerot-Dumaine telles que documentées sur ce site ; seuils d’IMC de l’Organisation mondiale de la santé ; rapport de la commission de The Lancet Diabetes & Endocrinology sur la définition clinique de l’obésité, janvier 2025. Les résultats chiffrés de cet article sont le produit direct de ces formules, appliquées aux exemples cités.