Réponse directe : ton IMC seul ne sait pas dire si tu portes trop de graisse. Sur 1 393 patients passés au scanner de composition corporelle, l’IMC en a mal classé 39 %. En janvier 2025, une commission de 58 experts réunie par The Lancet Diabetes & Endocrinology a demandé qu’on ne s’en serve plus jamais seul pour juger une personne : il faut lui ajouter au moins une mesure du tour de taille. Appliquée à 58 000 adultes américains, cette règle fait passer l’obésité de 43 % à 61 % de la population. Et l’outil qui manque tient dans un tiroir : un mètre ruban, et une règle simple, ton tour de taille doit rester sous la moitié de ta taille. Voici les chiffres, d’où ils viennent, et ce qu’ils valent pour toi.

Le résumé en 1 min 30, si tu préfères écouter.

Ce que l’IMC mesure, et ce qu’il ne voit pas

L’indice de masse corporelle divise ton poids en kilos par ta taille en mètres au carré. À 75 kg pour 1,75 m, ça donne 24,5. Sous 18,5, on parle de maigreur ; entre 18,5 et 25, de corpulence normale ; entre 25 et 30, de surpoids ; au-dessus de 30, d’obésité. Tu peux calculer ton IMC ici, en dix secondes.

Le problème, c’est que cette formule a été conçue par un statisticien belge, Adolphe Quetelet, au XIXe siècle, pour décrire des populations. Elle ne sait pas de quoi tes kilos sont faits. Un kilo de muscle et un kilo de graisse pèsent le même poids sur la balance, et l’IMC les additionne sans distinction. Il ne sait pas non plus où la graisse se trouve, alors que la graisse logée autour du ventre, entre les organes, pèse bien plus lourd sur le risque de diabète et de maladie cardiaque que celle des cuisses ou des hanches.

39 % de mal classés : l’étude qui a confronté l’IMC à la vraie graisse

En 2012, deux médecins new-yorkais, Nirav Shah et Eric Braverman, ont publié dans PLoS One une comparaison sur 1 393 adultes. Chacun avait un IMC et un examen par absorptiométrie biphotonique, la DXA, qui mesure directement le pourcentage de masse grasse. Le seuil d’obésité par la DXA était fixé à 30 % de graisse chez la femme et 25 % chez l’homme.

Résultat : l’IMC et la DXA étaient d’accord pour 60 % des personnes seulement. 39 % des participants avaient un IMC sous 30, donc « pas obèses » sur le papier, tout en dépassant le seuil de graisse corporelle. Chez les femmes, ce chiffre montait à 48 %. Dans l’autre sens, 25 % des hommes classés obèses par leur IMC ne l’étaient pas une fois leur graisse mesurée : chez eux, c’était le muscle qui gonflait le chiffre.

Précision utile : ces 1 393 personnes consultaient dans une clinique, elles ne représentent pas la population française. Mais c’est ce type d’écart, répété d’étude en étude, qui a poussé les sociétés savantes à bouger.

Médecin en blouse blanche et patiente qui regardent ensemble un résultat sur une tablette

Ce que la Commission Lancet a changé en janvier 2025

Le 14 janvier 2025, The Lancet Diabetes & Endocrinology a publié le rapport d’une commission de 58 experts venus de plusieurs pays et spécialités, dont des personnes vivant elles-mêmes avec une obésité. Leur constat tient en une phrase : les mesures fondées sur l’IMC « peuvent à la fois sous-estimer et surestimer l’adiposité » et donnent une information insuffisante sur la santé d’une personne prise individuellement.

Leur recommandation est nette. L’IMC ne devrait servir qu’à l’échelle d’une population, pour les études et le dépistage. Pour une personne, l’excès de graisse doit être confirmé soit par une mesure directe de la masse grasse quand elle est disponible, soit par au moins une mesure anthropométrique en plus de l’IMC : tour de taille, rapport taille sur hanches, ou rapport tour de taille sur hauteur. Seule exception : au-dessus d’un IMC de 40, l’excès de graisse est admis sans autre vérification.

La commission va plus loin. Elle sépare deux situations. L’obésité « préclinique » : un excès de graisse, mais des organes qui fonctionnent normalement. Et l’obésité « clinique » : une maladie chronique, où l’excès de graisse altère déjà le fonctionnement d’un organe ou limite les gestes du quotidien. Ce n’est plus un chiffre qui fait le diagnostic, c’est un médecin, avec des examens.

De 43 % à 61 % : ce que la nouvelle règle change sur 58 000 adultes

En février 2026, deux chercheurs de Chicago, Hwang et Laiteerapong, ont appliqué ces critères aux données de l’enquête nationale américaine NHANES, soit 58 053 adultes suivis entre 1999 et 2023. Les résultats sont parus dans la revue Obesity.

Sur la période 2021-2023, l’IMC seul classait 42,9 % des adultes américains en obésité, soit 101 millions de personnes. Avec les critères d’excès d’adiposité de la commission, le chiffre grimpe à 61 %, soit 144 millions. Entre les deux, 6,2 millions d’adultes à l’IMC « normal » et 39,5 millions d’adultes en « surpoids » passent dans la case obésité, parce que leur tour de taille dépasse les seuils.

Autre enseignement : sur ces 61 %, la commission n’en retient que 6,2 % en obésité préclinique. Les 54,8 % restants remplissent déjà un critère d’obésité clinique : un signe d’atteinte d’organe ou une limitation dans les gestes du quotidien. Autrement dit, chez la plupart des gens que l’IMC laissait passer, le problème n’était pas seulement une question de silhouette.

Pour la France, aucune étude de cette ampleur n’a encore refait le calcul avec les nouveaux critères. Le dernier repère national, l’enquête Obépi-Roche 2020 de la Ligue contre l’obésité, menée sur 9 598 adultes qui déclaraient eux-mêmes leur poids et leur taille, donne 47,3 % de surpoids ou d’obésité, dont 17 % d’obésité. Sur l’IMC seul, donc.

Fillette en sweat rose à capuche qui marche sur un chemin en tenant la main d'un adulte

Le mètre ruban : la règle de la moitié

Le Royaume-Uni n’a pas attendu la commission. Depuis avril 2022, son autorité de santé, le NICE, recommande à tout adulte dont l’IMC est sous 35 de mesurer lui-même son rapport tour de taille sur hauteur. La consigne tient en une phrase : garde ton tour de taille sous la moitié de ta taille. À 1,75 m, ça fait 87,5 cm. À 1,62 m, 81 cm.

Le NICE donne trois paliers, valables pour les deux sexes et toutes les origines, y compris les personnes très musclées. Un rapport entre 0,4 et 0,49 : adiposité centrale saine, pas de risque supplémentaire. Entre 0,5 et 0,59 : adiposité centrale augmentée, risque augmenté de diabète de type 2, d’hypertension et de maladie cardiovasculaire. À partir de 0,6 : adiposité centrale élevée, risque encore accru.

Pour mesurer juste, mets le ruban à mi-chemin entre la dernière côte et le haut de l’os de la hanche, à peu près au niveau du nombril. Debout, détendu, après avoir expiré normalement, sans serrer. Le ruban doit rester horizontal. Une mesure prise le matin, à jeun, se compare mieux d’un mois sur l’autre. C’est un dépistage, pas un diagnostic : un rapport au-dessus de 0,5 est une raison d’en parler à ton médecin, pas une sentence.

Ce que ça change pour toi

Trois gestes suffisent pour avoir une image plus honnête que la balance seule. D’abord ton IMC, pour te situer dans les grandes catégories. Ensuite ton tour de taille, divisé par ta taille, les deux en centimètres. Enfin, si tu veux un repère de poids qui tienne compte de ta morphologie ou de ton âge, la formule de Lorentz ajuste selon le sexe, et la formule de Creff ajoute l’âge et l’ossature. Aucune de ces formules ne remplace les autres. Elles se lisent ensemble.

Deux cas concrets. Un homme de 1,80 m, 90 kg, IMC 27,8, « surpoids ». S’il fait beaucoup de musculation et que son tour de taille est à 84 cm, son rapport est de 0,47 : rien n’indique un excès de graisse abdominale. Une femme de 1,60 m, 62 kg, IMC 24,2, « normale ». Si son tour de taille est à 86 cm, son rapport est de 0,54 : c’est le cas que l’IMC ne voit pas, et c’est précisément celui que la commission Lancet veut rattraper.

Dans les deux cas, le chiffre ne dit pas quoi faire. Il dit s’il y a quelque chose à regarder de plus près, avec un professionnel de santé, qui pourra mesurer la tension, la glycémie ou les lipides sanguins. C’est là que se joue la différence entre une obésité préclinique et une obésité clinique, et ce n’est pas un article qui la tranche.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les 43 % et 61 % sont américains. Les habitudes alimentaires, la corpulence moyenne et la répartition des graisses diffèrent en France, et personne n’a encore publié l’équivalent sur une cohorte française. Les 39 % de mal classés viennent d’une patientèle de clinique, plus âgée et plus concernée que la moyenne. Le rapport tour de taille sur hauteur est un outil de dépistage, validé sur de grandes populations, mais il ne mesure pas la graisse : il l’estime. Enfin, les seuils d’IMC eux-mêmes varient selon l’origine, plusieurs autorités, dont le NICE, abaissent les seuils de surpoids et d’obésité pour les personnes d’origine asiatique ou africaine, chez qui le risque cardiométabolique apparaît à un IMC plus bas.

Ce qui ne bouge pas, c’est le sens général. Un seul chiffre ne raconte pas ta santé. Deux, l’IMC et le tour de taille, en disent déjà beaucoup plus, et les quatre calculateurs du site sont gratuits, sans inscription, pour poser le premier.

Sources : Rubino F et al., « Definition and diagnostic criteria of clinical obesity », The Lancet Diabetes & Endocrinology, en ligne le 14 janvier 2025 ; Hwang et Laiteerapong, « Beyond BMI: The Impact of the New Lancet Commission Diagnostic Criteria on Prevalence of Obesity in the United States », Obesity, février 2026 ; Shah NR, Braverman ER, « Measuring adiposity in patients: the utility of body mass index (BMI), percent body fat, and leptin », PLoS One, 2012 ; NICE, guideline NG246 « Overweight and obesity management », recommandations sur le rapport tour de taille sur hauteur, 2022, mises à jour 2025-2026 ; Ligue contre l’obésité, enquête Obépi-Roche 2020.