Demain, 1er octobre, c’est la Journée mondiale du végétarisme. Tu vas lire partout le même chiffre : les végétaliens ont un IMC plus bas de 5 points que les mangeurs de viande. Le chiffre est vrai. Il sort d’une étude sérieuse, sur 60 903 personnes. Mais quand des chercheurs tirent les gens au sort pour les mettre au régime végétarien, l’écart ne vaut plus 15 kilos. Il vaut 2 kilos.
Voici d’où viennent ces deux chiffres, et pourquoi ils ne disent pas la même chose.
Le résumé en 1 min 25, si tu préfères écouter.
Le chiffre qui fait les gros titres : 5 points d’IMC
Il vient de l’Adventist Health Study-2, une cohorte de 22 434 hommes et 38 469 femmes suivis en Amérique du Nord entre 2002 et 2006. L’équipe de Serena Tonstad a classé chacun selon ce qu’il mange, puis comparé les IMC moyens (Diabetes Care, 2009).
| Façon de manger | IMC moyen |
|---|---|
| Végétalien (aucun produit animal) | 23,6 |
| Lacto-ovo-végétarien | 25,7 |
| Pesco-végétarien (poisson, pas de viande) | 26,3 |
| Semi-végétarien | 27,3 |
| Non végétarien | 28,8 |
L’escalier est net. Plus il y a de produits animaux dans l’assiette, plus l’IMC moyen monte. Entre les deux extrêmes, il y a 5,2 points. Les auteurs parlent eux-mêmes d’un « potentiel substantiel » contre l’obésité.
5 points d’IMC, ça fait combien de kilos ?
L’IMC, c’est le poids divisé par la taille au carré. Pour une personne de 1,70 m, 5,2 points représentent 15 kilos. Pour 1,65 m, un peu plus de 14 kilos. Tu peux refaire le calcul pour ta propre taille avec notre calculateur d’IMC.
Quinze kilos, c’est énorme. C’est justement ce qui doit te mettre la puce à l’oreille.
Ailleurs, le même écart existe, en bien plus petit
Au Royaume-Uni, la cohorte EPIC-Oxford a mesuré 37 875 adultes de 20 à 97 ans (Spencer et coll., International Journal of Obesity, 2003). Même hiérarchie : les mangeurs de viande en haut, les végétaliens en bas. Mais l’écart n’a rien à voir.
- Hommes : 24,41 d’IMC chez les mangeurs de viande, 22,49 chez les végétaliens. Soit 1,9 point, environ 6 kilos à 1,75 m.
- Femmes : 23,52 contre 21,98. Soit 1,5 point, environ 4 kilos à 1,65 m.
Le détail le plus intéressant est ailleurs. Le tabac, le sport et le niveau d’études expliquent moins de 5 % de l’écart. La composition des repas en explique environ la moitié. Et les deux facteurs les plus liés à un IMC élevé sont une part de protéines haute et une part de fibres basse. Autrement dit, ce n’est pas l’étiquette « végétarien » qui compte, c’est ce qu’il y a dans l’assiette. Si tu veux creuser ce point, regarde où trouver des fibres.

Tire les gens au sort, et l’écart tombe à 2 kilos
Une cohorte observe des gens qui ont choisi leur façon de manger. Un essai randomisé, lui, tire au sort qui mange quoi. C’est la seule façon de savoir si l’assiette cause la différence, ou si elle l’accompagne.
En 2016, une équipe de Harvard a réuni les 12 essais randomisés disponibles, soit 1 151 personnes suivies 18 semaines en médiane (Huang et coll., Journal of General Internal Medicine). Résultat :
- Régime végétarien contre régime avec viande : 2,02 kilos de plus perdus en moyenne.
- Végétalien : 2,52 kilos.
- Lacto-ovo-végétarien : 1,48 kilo, et cet écart n’est pas statistiquement significatif.
- Sur les essais suivis un an ou plus : 1,13 kilo seulement.
On passe donc de 15 kilos observés chez les adventistes à 2 kilos quand on tire au sort. Et l’effet s’effrite avec le temps.
Pourquoi 15 kilos d’un côté, 2 de l’autre
Trois raisons, qui se cumulent.
Ceux qui choisissent ne ressemblent pas aux autres
Les adventistes forment une population à part : l’Église déconseille l’alcool et le tabac, et beaucoup suivent une hygiène de vie stricte depuis l’enfance. Celui qui devient végétalien de lui-même fait souvent attention à beaucoup d’autres choses. L’étude ajuste certains de ces facteurs, mais elle ne peut pas tous les capter.
Des années contre quelques mois
Un adulte qui mange végétalien depuis vingt ans n’a rien à voir avec un volontaire qui essaie pendant 18 semaines. La cohorte mesure une vie entière de choix. L’essai mesure un changement récent, souvent abandonné en partie.
Végétarien ne veut pas dire peu transformé
Un steak végétal industriel, des chips et un soda sont végétariens. L’étude EPIC-Oxford le montre à sa façon : ce sont les fibres et l’équilibre des nutriments qui font la différence, pas l’absence de viande. Nous avons vu que les produits ultra-transformés font manger 508 kcal de plus par jour, et ils existent aussi en version végétale.

Sur cinq ans, 100 grammes d’écart par an
EPIC-Oxford a aussi suivi 21 966 participants pendant cinq ans environ (Rosell et coll., International Journal of Obesity, 2006). Tout le monde a pris du poids : 389 grammes par an en moyenne chez les hommes, 398 chez les femmes.
Les végétaliens en ont pris un peu moins : 284 grammes chez les hommes, 303 chez les femmes. L’écart avec la moyenne tourne autour de 100 grammes par an, soit environ 1 kilo en dix ans. Ceux qui ont réduit les produits animaux pendant le suivi ont pris le moins : 242 grammes par an chez les hommes, 301 chez les femmes.
C’est réel. C’est modeste. Et c’est très loin des 15 kilos du gros titre.
Ce que tu peux en retenir
- Le chiffre de 5 points d’IMC est exact, mais il décrit une population particulière. Il ne dit pas ce qui t’arrivera si tu arrêtes la viande.
- Quand on tire au sort, l’effet mesuré tourne autour de 2 kilos sur quelques mois, et diminue au-delà d’un an.
- Ce qui pèse le plus dans les études, ce sont les fibres et le degré de transformation, pas l’étiquette.
- L’IMC reste un instrument grossier. Il se trompe sur une partie des gens, et il ne distingue pas le muscle de la graisse. Pour situer ton poids autrement, les quatre formules de poids idéal de nos calculateurs et le calcul du métabolisme de base donnent d’autres repères.
Si tu envisages de retirer des groupes d’aliments entiers de ton alimentation, parles-en à ton médecin ou à un diététicien. Un régime végétalien se prépare, pour éviter les carences. Et si c’est plutôt la cuisine qui te tente, tu trouveras des idées dans notre guide de l’alimentation végétarienne.
Sources
- Tonstad S. et coll., « Type of vegetarian diet, body weight, and prevalence of type 2 diabetes », Diabetes Care, 2009, 32(5), 791-796. Adventist Health Study-2, 60 903 participants.
- Spencer E. A. et coll., « Diet and body mass index in 38000 EPIC-Oxford meat-eaters, fish-eaters, vegetarians and vegans », International Journal of Obesity, 2003, 27(6), 728-734.
- Rosell M. et coll., « Weight gain over 5 years in 21,966 meat-eating, fish-eating, vegetarian, and vegan men and women in EPIC-Oxford », International Journal of Obesity, 2006, 30(9), 1389-1396.
- Huang R.-Y. et coll., « Vegetarian Diets and Weight Reduction: a Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials », Journal of General Internal Medicine, 2016, 31(1), 109-116.