Mardi prochain, le 29 septembre, c’est la Journée mondiale du cœur. L’occasion de sortir un chiffre que personne ne cite jamais quand on parle de perdre du poids : un kilo en moins, c’est en moyenne 1,05 mmHg de tension systolique en moins. Cinq kilos, 4,44 mmHg. Ce n’est pas une estimation de coach, c’est le résultat d’une méta-analyse portant sur 4 874 personnes.
Le résumé en 1 min 30, si tu préfères écouter.
1,05 mmHg par kilo, mesuré sur 25 essais
Le chiffre vient d’une méta-analyse publiée dans la revue Hypertension en 2003 par Judith Neter et son équipe. Elle a rassemblé 25 essais contrôlés randomisés menés entre 1966 et 2002, soit 4 874 participants au total.
Le résultat tient en une ligne. Une perte de poids nette de 5,1 kilos fait baisser la pression systolique de 4,44 mmHg et la diastolique de 3,57 mmHg. Rapporté au kilo, ça donne 1,05 mmHg de systolique et 0,92 mmHg de diastolique.
Un détail compte. Les personnes qui ont perdu plus de 5 kilos ont vu leur systolique baisser de 6,63 mmHg, contre 2,70 mmHg pour celles qui en ont perdu moins. L’effet ne se contente pas de s’additionner kilo par kilo : il s’accélère.
Pourquoi ton poids pousse ta tension vers le haut

La relation n’a rien d’anecdotique. Dans une revue parue dans Circulation Research en 2015, John Hall et ses coauteurs estiment que l’excès de poids, en particulier la graisse installée autour des organes, pèse pour 65 à 75 % du risque d’hypertension dite primaire, celle qui n’a pas d’autre cause identifiée.
Le mécanisme est mécanique et hormonal à la fois. Le rein retient davantage de sodium. La graisse abdominale comprime littéralement les reins. Le système nerveux sympathique tourne plus vite. Chaque kilo de gras viscéral ajoute sa part.
C’est pour ça que l’endroit où tu stockes compte autant que le chiffre sur la balance. Un mètre ruban autour du nombril en dit parfois plus que l’IMC : on a détaillé pourquoi l’IMC se trompe sur 39 % des gens dans un article précédent.
4,44 mmHg, c’est beaucoup ou c’est rien ?
Pour juger, il faut une référence. La plus solide vient de la Prospective Studies Collaboration, publiée dans The Lancet en 2002 : un million d’adultes, 61 études. Entre 40 et 69 ans, le risque de mourir d’une cause vasculaire est divisé par deux pour chaque baisse de 20 mmHg de la systolique, ou de 10 mmHg de la diastolique.
Fais le rapport toi-même. Cinq kilos perdus couvrent environ un cinquième de cet écart de 20 mmHg. Attention quand même : la relation n’est pas une règle de trois, elle est progressive, et ces études mesurent des tensions habituelles sur des années, pas un chiffre relevé un matin. Mais l’ordre de grandeur est là, et il n’est pas ridicule.
À l’échelle d’une population, l’OMS chiffre le coût de l’hypertension non maîtrisée à 10 millions de décès par an. Plus de mille personnes meurent chaque heure d’un accident vasculaire cérébral ou d’un infarctus lié à une tension trop haute.
Six millions de Français ne savent pas qu’ils sont hypertendus
C’est la partie qui dérange. D’après l’étude Esteban, reprise par Santé publique France dans son bulletin épidémiologique de 2023, près de 30 % des adultes français sont hypertendus. Environ 17 millions de personnes.
Sur ces 17 millions, 55 % seulement savent qu’ils le sont. Plus de 6 millions de personnes vivent donc avec une tension trop haute sans en avoir la moindre idée. Et parmi ceux qui le savent et qui sont suivis, un sur quatre a une tension réellement contrôlée.
Le tableau mondial est du même ordre. L’OMS comptait 1,4 milliard d’adultes hypertendus en 2024, et à peine plus d’une personne sur cinq maîtrise sa tension.
L’hypertension ne fait pas mal. Elle ne se voit pas. C’est exactement ce qui la rend coûteuse.
Ce que tu peux faire cette semaine

Trois gestes simples, sans rien acheter et sans régime nommé.
- Fais mesurer ta tension. En pharmacie, chez ton médecin, lors d’une action de la Journée du cœur. C’est gratuit et ça prend deux minutes. Un seul relevé ne diagnostique rien, mais il te dit s’il faut regarder de plus près.
- Situe ton poids avec un repère chiffré plutôt qu’au jugé. Notre calculateur d’IMC et les autres calculateurs de poids idéal te donnent un point de départ en trente secondes.
- Regarde ta salière. Le sel joue directement sur la tension, et la salière de table n’est pas la principale coupable : on l’a mesuré dans notre article sur les 9 grammes de sel par jour.
Si tu veux comprendre combien ton corps dépense avant même de bouger, la page sur le calcul du métabolisme de base explique le raisonnement. Et le pouls au repos est l’autre chiffre cardiaque que tu peux relever chez toi, sans matériel.
À retenir
Un kilo perdu vaut en moyenne 1,05 mmHg de systolique en moins. Cinq kilos, 4,44 mmHg. L’excès de poids explique 65 à 75 % des hypertensions primaires. Et en France, plus de 6 millions de personnes hypertendues l’ignorent.
Un dernier point, et il est important. Cet article explique des chiffres, il ne remplace personne. L’hypertension se diagnostique et se suit par un médecin, jamais par un article ni par un calculateur. Si ta tension est haute, ou si tu prends déjà un traitement, ne change rien de toi-même : parles-en à ton médecin ou à ton pharmacien.
Sources
- Neter J. et coll., « Influence of Weight Reduction on Blood Pressure », Hypertension, 2003, vol. 42, n° 5, p. 878-884.
- Hall J. E. et coll., « Obesity-Induced Hypertension », Circulation Research, 2015, vol. 116, n° 6.
- Lewington S. et coll., Prospective Studies Collaboration, The Lancet, 2002, vol. 360, p. 1903-1913.
- Santé publique France, « Épidémiologie de l’hypertension artérielle en France », BEH, 2023, à partir de l’étude Esteban.
- Organisation mondiale de la Santé, communiqué du 23 septembre 2025 sur l’hypertension non maîtrisée.
- Journée mondiale du cœur, World Heart Federation avec l’appui de l’OMS, 29 septembre.