Un IMC de 22, chez toi, c’est un poids normal. Chez un garçon de 8 ans, c’est déjà une obésité. Les seuils adultes ne valent rien avant 18 ans. Et le 7 octobre 2026, l’Organisation mondiale de la santé a publié ses toutes premières recommandations mondiales sur l’obésité de l’enfant et de l’adolescent. Leur message tient en une ligne : avant 10 ans, ni médicament, ni chirurgie, ni dispositif amaigrissant.

Le résumé en 1 min 27, si tu préfères écouter.

Ce que l’OMS vient de décider

Le texte annoncé le 7 octobre est le premier guide mondial de l’OMS consacré à la prise en charge de l’obésité chez les 0 à 19 ans. Il trace une frontière nette à 10 ans.

De 0 à 9 ans : pas de traitement amaigrissant

Pour les enfants de moins de 10 ans, l’OMS ne recommande « ni traitement pharmacologique, ni chirurgie bariatrique, ni dispositifs de perte de poids ». La réponse passe par l’alimentation, l’activité physique et des interventions qui aident toute la famille à changer ses habitudes dans la durée.

De 10 à 19 ans : le médicament en second recours

Chez l’adolescent, un médicament autorisé, par exemple de la famille des GLP-1, peut être envisagé. Mais seulement quand un programme d’accompagnement supervisé, qui combine plusieurs approches sur le mode de vie, n’a pas donné les résultats attendus. La chirurgie bariatrique reste réservée à l’obésité sévère, dans des circonstances strictement encadrées.

Le contexte compte : en décembre 2025, l’OMS avait ouvert la porte aux GLP-1 pour les adultes. Elle refuse aujourd’hui de transposer ce raisonnement aux plus jeunes.

Pourquoi maintenant

Les chiffres de l’OMS parlent d’eux-mêmes. Chez les 5 à 19 ans, la part des jeunes obèses est passée de 2 % en 1990 à environ 8 % en 2024. Le nombre a quadruplé. Cela représente près de 170 millions d’enfants et d’adolescents dans le monde, dont 70 millions âgés de 5 à 9 ans et 100 millions de 10 à 19 ans.

L’OMS décrit désormais l’obésité comme une maladie chronique et récidivante. Elle demande que la prise en charge ne se limite pas au chiffre de la balance : elle doit viser la santé, le fonctionnement au quotidien et le bien-être de l’enfant, avec un suivi sur le long terme.

Famille réunie autour d'une table en plein air garnie de salades, légumes grillés, poisson et fruits

Le piège : l’IMC adulte appliqué à un enfant

Le calcul reste le même à tout âge : le poids en kilos divisé par la taille en mètres au carré. Ce qui change, c’est la lecture. Chez l’adulte, on parle de surpoids à partir de 25 et d’obésité à partir de 30. Tu peux vérifier ton propre chiffre avec notre page sur l’indice de masse corporelle. Mais chez l’enfant, ces deux bornes n’ont aucun sens.

Les vrais seuils, selon l’âge

Les seuils internationaux utilisés en France sont ceux de l’IOTF, publiés par Tim Cole et son équipe dans le BMJ en 2000. Ils ont été construits à partir de six grandes études nationales, sur près de 193 000 enfants et jeunes. Le principe : des courbes qui, à 18 ans, retombent exactement sur 25 et 30.

Âge Surpoids garçon Surpoids fille Obésité garçon Obésité fille
6 ans 17,6 17,3 19,8 19,7
8 ans 18,4 18,4 21,6 21,6
10 ans 19,8 19,9 24,0 24,1
12 ans 21,2 21,7 26,0 26,7
18 ans 25 25 30 30

Lis la ligne des 8 ans. Un IMC de 22, qui te rassurerait pour toi-même, dépasse le seuil d’obésité de cet âge. À l’inverse, un IMC de 19 à 12 ans est parfaitement dans la norme, alors qu’il paraîtrait bas chez un adulte.

La courbe compte plus que le chiffre

Un IMC d’enfant se lit sur la courbe de corpulence du carnet de santé, pas en valeur isolée. Entre 1 an et 6 ans environ, l’IMC baisse normalement : l’enfant « s’affine ». Puis il remonte : c’est le rebond d’adiposité. Selon les repères suivis par la Haute Autorité de santé, un rebond qui arrive avant 6 ans, et surtout avant 3 ou 4 ans, signale un risque accru d’obésité plus tard. Plus il est précoce, plus le risque monte.

C’est pour cela que la HAS conseille de mesurer et de peser l’enfant à chaque consultation, idéalement deux fois par an. Un point seul ne dit presque rien. Une trajectoire, si.

Et en France, où en est-on ?

La dernière grande mesure nationale, l’étude Esteban de Santé publique France, estimait en 2015 que 17 % des 6 à 17 ans étaient en surpoids, dont 4 % en situation d’obésité. L’étude notait une stabilisation par rapport à 2006, et un écart social net : le surpoids recule quand le niveau d’études du foyer monte.

L’étude rappelait aussi un chiffre souvent oublié : 13 % des jeunes étaient en insuffisance pondérale, et jusqu’à 19 % des filles de 11 à 14 ans. Le sujet n’est donc pas seulement le surpoids. C’est la bonne lecture de la croissance.

Fillette en robe à carreaux roses croquant une tranche de pastèque dans un jardin

Ce que ça change pour toi, parent

L’OMS ne te demande pas de mettre ton enfant au régime. Elle dit l’inverse : à cet âge, ce sont les habitudes de la maison qui comptent, et elles se travaillent à plusieurs.

Pour un adulte, tu peux comparer les formules de poids idéal et l’IMC sur nos calculateurs gratuits. Pour un enfant, ils ne remplacent pas la courbe de croissance : une inquiétude sur la corpulence de ton enfant se discute avec son pédiatre ou son médecin traitant, qui saura replacer le chiffre dans son histoire.

Sources