Un enfant qui recrache un légume ne le déteste pas forcément. Le plus souvent, il ne le connaît pas encore. Les chercheurs estiment qu’il faut 8 à 15 dégustations pour qu’un aliment nouveau soit accepté. Le problème, c’est que la plupart des parents arrêtent d’en proposer bien avant, entre 3 et 5 essais.
La Semaine du goût revient du 12 au 18 octobre 2026, pour sa 37e édition. Bonne occasion de regarder ce que disent les études sur ces fameux essais. Avec une nuance que l’on cite rarement : environ un enfant sur six ne se laisse pas convaincre, même après plusieurs semaines.
Le résumé en 1 min 12, si tu préfères écouter.
Les parents lâchent avant que le goût ne s’installe
Le chiffre vient d’une grande enquête américaine publiée en 2004 dans le Journal of the American Dietetic Association. L’équipe de Betty Ruth Carruth a interrogé les familles de 3 022 enfants âgés de 4 à 24 mois, tirés au sort à l’échelle nationale.
Deux résultats ressortent :
- la part d’enfants jugés difficiles par leurs parents passe de 19 % à 4 mois à 50 % à 24 mois ;
- quand un aliment nouveau est refusé, les parents le proposent au maximum 3 à 5 fois avant de conclure que l’enfant n’aime pas ça.
Les auteurs concluent que les mères devraient en proposer beaucoup plus, de l’ordre de 8 à 15 fois. Autrement dit, la plupart des familles abandonnent à mi-chemin.
Autre détail de l’enquête : les enfants jugés difficiles mangeaient quand même assez, en calories comme en nutriments, sur la journée observée. Être difficile ne veut pas dire être mal nourri.
Huit bouchées de poivron rouge, et une récompense qui ne sert à rien
En 2003, l’équipe de Jane Wardle, à l’University College London, a testé l’idée en classe. 49 enfants de trois écoles primaires londoniennes ont été tirés au sort en trois groupes, autour d’un légume qu’ils connaissaient mal : le poivron rouge doux.
- Premier groupe : huit séances de dégustation sur deux semaines, une par jour d’école, avec la consigne de manger autant qu’ils voulaient.
- Deuxième groupe : les mêmes séances, mais avec un autocollant à gagner s’ils mangeaient au moins un morceau.
- Troisième groupe : rien du tout.
Résultat : le simple fait de goûter a fait monter à la fois le plaisir déclaré et la quantité mangée, par rapport au groupe témoin. La récompense, elle, a donné un résultat intermédiaire, sans différence nette avec les deux autres groupes.
La leçon tient en une phrase : ce qui compte, c’est la répétition, pas le marchandage.

À partir de cinq essais, ça bouge
D’autres équipes ont repris le protocole avec un légume encore moins familier pour un petit : l’artichaut. En 2013, une étude de l’université de Leeds publiée dans le British Journal of Nutrition a suivi 72 enfants de 9 à 38 mois. Chacun a reçu dix fois de la purée d’artichaut.
Cinq dégustations ont suffi pour que la quantité mangée augmente nettement par rapport à la première. Et l’effet tenait encore cinq semaines après la fin de l’expérience. Ajouter un goût sucré ou des calories à la purée n’a pas fait mieux que l’artichaut nature.
Un enfant sur six ne se laisse pas convaincre
La même expérience a ensuite été menée dans trois pays, dont la France avec le Centre des sciences du goût et de l’alimentation de Dijon. En 2014, les chercheurs ont réuni les données de 332 enfants de 4 à 38 mois, qui avaient reçu entre 5 et 10 fois la purée d’artichaut. Ils ont distingué quatre profils :
- 40 % d’« apprenants », qui mangent un peu plus à chaque fois ;
- 21 % de « finisseurs d’assiette », qui avalent plus des trois quarts de ce qu’on leur sert dès le début ;
- 16 % de « non-mangeurs », qui en sont encore à moins de 10 g au cinquième essai ;
- 23 % d’enfants au comportement trop irrégulier pour être classés.
L’âge pèse lourd. Les plus âgés de l’échantillon, ceux qui approchaient de 3 ans, se retrouvaient plus souvent chez les non-mangeurs. Ces non-mangeurs étaient aussi ceux qui obtenaient les scores de difficulté alimentaire les plus élevés. Pour eux, les auteurs pensent que la répétition seule ne suffit pas, et qu’il faut d’abord trouver comment obtenir la toute première bouchée.
Si tu as un enfant de cet âge qui refuse tout, tu n’as donc rien raté. Tu fais partie de la minorité pour qui la méthode classique marche moins bien.

Et chez l’adulte ?
Ces études portent toutes sur des enfants. Chez l’adulte, le goût bouge aussi, mais les données sont plus minces. On sait par exemple que réduire le sucre pendant trois mois change la façon dont on perçoit le sucré, même si les effets sur l’assiette restent discutés.
Aucune de ces études n’a mesuré le poids. Elles parlent d’acceptation et de quantités de légume, pas de kilos. Si tu veux faire le point sur ta propre situation, les calculateurs d’IMC et de poids idéal te donnent des repères chiffrés, à discuter avec un professionnel si besoin.
Ce que tu peux tester pendant la Semaine du goût
- Un seul légume, plusieurs fois. Choisis-en un et propose-le une petite bouchée par jour, sur une ou deux semaines, comme dans les études.
- Une bouchée, pas une assiette. Les protocoles demandent de goûter, pas de finir.
- Pas de récompense. L’autocollant n’a rien apporté de plus que le simple goûter.
- Compte les essais. Si tu t’arrêtes à 4, tu t’arrêtes là où s’arrêtent la plupart des parents, juste avant que ça marche.
- Prends ton temps à table. Un repas qui ne se fait pas au pas de course laisse plus de place à la découverte. On a d’ailleurs regardé ce que change le fait de manger lentement.
Si ton enfant refuse presque tous les aliments, perd du poids ou ne grandit plus comme prévu, parles-en à son pédiatre ou à ton médecin. Cet article explique des résultats d’études, il ne remplace pas un avis médical.
Sources : Carruth B.R. et al., « Prevalence of picky eaters among infants and toddlers and their caregivers’ decisions about offering a new food », Journal of the American Dietetic Association, 2004 ; Wardle J. et al., « Modifying children’s food preferences: the effects of exposure and reward on acceptance of an unfamiliar vegetable », European Journal of Clinical Nutrition, 2003 ; Caton S.J. et al., « Repetition counts », British Journal of Nutrition, 2013 ; Caton S.J. et al., « Learning to eat vegetables in early life: the role of timing, age and individual eating traits », PLoS One, 2014 ; dates de la Semaine du goût 2026 communiquées par les organisateurs.