Jeudi 29 octobre, c’est la Journée mondiale de l’AVC. Et quand on parle de prévention, on pense souvent d’abord au chiffre sur la balance. La plus grande étude jamais menée sur les causes de l’AVC dit autre chose. Sur dix facteurs qui pèsent ensemble environ 90 % du risque, le manque d’activité physique en représente 35,8 %. Le tour de taille comparé aux hanches, 18,6 %. Et ton poids en kilos ? Il ne figure pas dans la liste.
En France, plus de 110 000 personnes sont hospitalisées chaque année pour un AVC, et la maladie cause plus de 30 000 décès par an, selon Santé publique France. C’est aussi la première cause de handicap moteur acquis chez l’adulte. Voilà pourquoi ces chiffres valent la peine d’être lus de près.

Le résumé en 1 min 28, si tu préfères écouter.
INTERSTROKE : 26 919 personnes, 32 pays, 10 facteurs
L’étude s’appelle INTERSTROKE. Ses résultats complets ont été publiés en 2016 dans la revue The Lancet, sous la direction de Martin O’Donnell et Salim Yusuf. Entre 2007 et 2015, les chercheurs ont comparé 13 447 personnes qui venaient de faire un premier AVC à 13 472 personnes du même âge et du même sexe qui n’en avaient jamais fait.
Ils ont ensuite calculé, pour chaque facteur, la part des AVC qui lui est attribuable dans la population. Voici le classement :
- tension artérielle élevée : 47,9 % ;
- absence d’activité physique régulière : 35,8 % ;
- déséquilibre des lipides sanguins, mesuré par le rapport apolipoprotéine B sur A1 : 26,8 % ;
- alimentation de moins bonne qualité : 23,2 % ;
- rapport tour de taille sur tour de hanches élevé : 18,6 % ;
- stress et facteurs psychosociaux : 17,4 % ;
- tabac : 12,4 % ;
- causes cardiaques, dont la fibrillation atriale : 9,1 % ;
- alcool : 5,8 % ;
- diabète : 3,9 %.
Ensemble, ces dix facteurs pèsent 90,7 % du risque d’AVC. Le résultat tient chez les hommes comme chez les femmes, 90,6 % dans les deux cas. Il tient aussi avant 55 ans, avec 92,2 %, et après, avec 90,0 %.
Pourquoi les pourcentages ne s’additionnent pas
Si tu fais la somme, tu dépasses largement 100 %. C’est normal. Les facteurs se chevauchent : une personne sédentaire a plus de chances d’avoir une tension élevée, et un tour de taille plus fort. Chaque pourcentage dit ce qu’on éviterait si ce facteur seul disparaissait. Ils ne se découpent pas comme les parts d’un gâteau.
Bouger pèse deux fois plus que le tour de taille
Le chiffre qui surprend, c’est la deuxième place. Dans INTERSTROKE, les personnes qui pratiquaient une activité physique régulière avaient 40 % de risque en moins d’avoir fait un AVC que les autres. Et comme beaucoup de gens bougent peu, ce facteur pèse plus de 35 % du total. C’est presque deux fois le poids du tour de taille dans le classement.
Pour fixer un repère, l’Organisation mondiale de la santé recommande aux adultes au moins 150 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine. Une marche rapide d’une demi-heure, cinq jours sur sept, y suffit. Si tu te demandes combien de pas il faut vraiment, on a regardé ce que valent les fameux 10 000 pas et le seuil de 7 000.

Le poids n’est pas dans la liste, le tour de taille si
Les chercheurs ont retenu un seul indicateur de corpulence : le rapport entre le tour de taille et le tour de hanches. Ce rapport dit où la graisse se loge. Celle qui s’accumule autour du ventre, entre les organes, est la plus liée aux maladies cardiovasculaires. Dans l’étude, le tiers des participants au rapport le plus élevé avait 44 % de risque en plus que le tiers au rapport le plus bas.
Ça ne veut pas dire que le poids ne compte pas. Ça veut dire qu’un même chiffre sur la balance ne raconte pas la même histoire selon la silhouette. Deux personnes au même IMC peuvent avoir des tours de taille très différents. On a expliqué en détail pourquoi l’IMC se trompe sur une partie des gens et comment un simple mètre ruban complète la mesure.
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La tension reste en tête, de loin
Avec 47,9 %, la tension artérielle élevée domine le classement. Dans INTERSTROKE, avoir une tension trop haute, connue ou mesurée à 140/90 ou plus, était associé à un risque d’AVC presque trois fois plus élevé. Le problème, c’est qu’elle ne fait pas mal. Beaucoup de gens l’ignorent. On a vu que des millions de Français ont une tension trop haute sans le savoir.
Le geste le plus simple reste de la faire mesurer. Chez ton médecin ou ton pharmacien, ça prend deux minutes. Si elle est élevée, c’est avec un professionnel de santé que se décide la suite, pas avec un article.
Ce que l’étude ne dit pas
INTERSTROKE est une étude cas-témoins. Elle compare des personnes qui ont fait un AVC à des personnes qui n’en ont pas fait. Elle montre des associations solides, retrouvées dans toutes les régions du monde, mais elle ne prouve pas à elle seule qu’un facteur cause l’AVC. Les habitudes ont aussi été déclarées par les participants après coup, avec les imprécisions que ça suppose.
Le poids de chaque facteur varie aussi selon les régions. Les chercheurs le soulignent eux-mêmes : le classement mondial n’est pas forcément celui de la France.
Les signes qui doivent faire appeler le 15
La prévention n’empêche pas tous les AVC. Les autorités de santé françaises résument les signes d’alerte en quatre lettres, VITE :
- Visage paralysé, la bouche qui tombe d’un côté ;
- Inertie d’un membre, un bras ou une jambe qui ne répond plus ;
- Trouble de la parole, des mots qui ne sortent pas ou qui sont incompréhensibles ;
- En urgence, appelle le 15.
Même si les signes disparaissent au bout de quelques minutes, on appelle. Chaque minute compte pour limiter les séquelles.
Sources : O’Donnell et coll., INTERSTROKE, The Lancet, 2016 ; Santé publique France, données sur l’accident vasculaire cérébral ; Organisation mondiale de la santé, lignes directrices sur l’activité physique, 2020. Cet article informe, il ne remplace pas l’avis d’un médecin.