Jeudi prochain, le 1er octobre, c’est la Journée internationale des personnes âgées. L’occasion de poser une phrase qui dérange : après 70 ans, maigrir sans l’avoir cherché n’est pas une bonne nouvelle. Perdre 5 % de son poids en un mois, ce que beaucoup de quadragénaires célébreraient, est l’un des critères que la Haute Autorité de santé retient pour poser un diagnostic de dénutrition chez une personne de 70 ans et plus. Et le seuil d’IMC qui alerte les médecins n’est pas 18,5 à cet âge, mais 22.
Le résumé en 1 min 25, si tu préfères écouter.
Les critères officiels tiennent en trois lignes
En novembre 2021, la Haute Autorité de santé a publié ses recommandations sur le diagnostic de la dénutrition chez la personne de 70 ans et plus. Le diagnostic repose sur l’association de deux choses : un critère dit phénotypique, qui décrit l’état du corps, et un critère étiologique, qui explique pourquoi.
Les critères phénotypiques sont au nombre de trois, et un seul suffit :
- une perte de poids d’au moins 5 % en un mois, ou d’au moins 10 % en six mois, ou d’au moins 10 % par rapport au poids habituel ;
- un IMC inférieur à 22 kg/m² ;
- une sarcopénie confirmée, c’est-à-dire une baisse simultanée de la force et de la masse musculaires.
Les critères étiologiques décrivent la cause : manger moins de la moitié de ses besoins pendant plus d’une semaine, une absorption digestive diminuée, ou une maladie aiguë, chronique évolutive ou maligne.
Un cran plus bas, la HAS parle de dénutrition sévère : IMC sous 20, perte de poids d’au moins 10 % en un mois ou 15 % en six mois, albuminémie sous 30 g/L.
Pourquoi 22 et pas 18,5

Chez l’adulte, la maigreur commence sous 18,5. Tu peux calculer ton IMC ici en quelques secondes. Ce seuil de 18,5 ne vaut plus après 70 ans, et ce n’est pas un arrondi de confort.
Les données de mortalité citées par la HAS montrent une surmortalité chez les personnes âgées dès qu’on descend sous un IMC de 22. Autrement dit, un IMC de 21 rassure à quarante ans et interpelle à soixante-quinze. Le corps d’une personne âgée dispose de moins de réserves, et chaque épisode de maladie en consomme.
C’est aussi pour ça que les formules de poids idéal intègrent l’âge. La formule de Creff ajoute un correctif d’âge que l’IMC ignore, et tu retrouves les autres sur la page calculateurs.
Une précision qui compte : un IMC normal, ou même élevé, n’exclut pas la dénutrition. Une personne en surpoids peut être dénutrie. C’est même le cas le plus souvent raté, parce que la balance ne tire aucune sonnette d’alarme.
Le vrai signal, ce n’est pas le poids, c’est la vitesse
Retiens ce chiffre plutôt qu’un autre : 5 % en un mois. Pour une personne de 70 kilos, ça fait 3,5 kilos. Pour une personne de 60 kilos, 3 kilos. Ça passe inaperçu sur une silhouette habillée, et ça se voit en dix secondes sur un pèse-personne.
Sur six mois, le seuil passe à 10 %. Six kilos pour une personne de 60 kilos. Étalés sur six mois, personne ne les remarque, et c’est bien le problème.
D’où une habitude simple, valable pour tes parents comme pour toi : noter le poids une fois par mois, toujours le même jour, et garder la trace. Sans point de départ écrit, personne ne peut dire si les trois kilos sont récents ou installés depuis deux ans.
Deux millions de personnes, et une sur quatre chez les plus fragiles

Le collectif de lutte contre la dénutrition, qui rassemble sociétés savantes et associations de patients, avance le chiffre de 2 millions de personnes dénutries en France. Et une donnée plus parlante encore : 25 % des personnes de plus de 70 ans vivant seules sont touchées.
Une sur quatre. Le repas pris seul se raccourcit, le plat unique remplace le vrai repas, l’appétit baisse sans que ça se discute avec quelqu’un à table.
Le collectif organise chaque année une Semaine nationale de la dénutrition. L’édition 2026 se tiendra du 16 au 22 novembre.
Ce qui protège, c’est le muscle
La dénutrition ne fait pas que faire baisser un chiffre sur la balance. Elle attaque le muscle, et le muscle est ce qui tient debout, ce qui rattrape un déséquilibre, ce qui permet de se relever d’une chute.
Deux leviers reviennent dans toutes les recommandations, et aucun ne coûte cher. D’abord les protéines à chaque repas : œufs, poisson, viande, fromage, légumineuses. La page des aliments riches en protéines donne les teneurs pour 100 g. Ensuite l’activité physique, marche comprise, parce que manger des protéines sans solliciter ses jambes n’entretient pas grand-chose.
Et non, le métabolisme n’explique pas tout. Il ne s’effondre pas à la cinquantaine : les mesures situent le vrai décrochage bien plus tard, comme on l’a détaillé dans cet article sur le métabolisme après 60 ans. Tu peux d’ailleurs estimer tes besoins avec le calcul du métabolisme de base.
Quand il faut en parler à un médecin
Cet article explique des critères, il ne pose aucun diagnostic. Trois situations méritent un rendez-vous plutôt qu’une recherche sur internet : une perte de poids que personne n’a décidée, des vêtements devenus larges sans raison, une bague qui tourne au doigt.
Le médecin traitant dispose des bons outils, et la prise en charge existe. Le sujet n’est ni honteux ni inévitable, il est juste rarement abordé pendant les huit minutes d’une consultation où l’on parle d’autre chose.
Ce qu’il faut retenir
Après 70 ans, les repères changent. Un IMC sous 22 devient un critère d’alerte, pas un objectif atteint. Une perte de 5 % du poids en un mois se signale, elle ne se félicite pas. Et le meilleur outil de dépistage reste un carnet, une balance, et une date écrite à côté du chiffre.
Sources : Haute Autorité de santé, recommandation « Diagnostic de la dénutrition chez la personne de 70 ans et plus », novembre 2021. Collectif de lutte contre la dénutrition, chiffres publiés sur luttecontreladenutrition.fr. Groupe de travail européen EWGSOP, définition de la sarcopénie, 2019.