Pour la commission du Lancet sur les menaces sanitaires du XXIe siècle, l’obésité est le risque qui pèsera le plus lourd sur la santé humaine d’ici 2100 : 23,1 milliards d’années de vie en bonne santé en jeu. C’est plus du double de l’intelligence artificielle malveillante (10,4 milliards) et presque deux fois et demie le conflit nucléaire (9,35 milliards). Le rapport a été présenté le 11 octobre au World Health Summit de Berlin. Voici ce que ces chiffres disent vraiment, et ce qu’ils ne disent pas.

Le résumé en 1 min 23, si tu préfères écouter.

17 menaces passées au crible, sur 204 pays

La commission est coprésidée par Christopher Murray, de l’Institut de mesure et d’évaluation de la santé (IHME, université de Washington), et Natalia Kanem, ancienne directrice exécutive du Fonds des Nations unies pour la population. Elle a évalué 17 menaces sur 204 pays et territoires, de 2025 à 2100.

Deux seulement sont classées comme capables de mettre l’espèce en danger : l’IA malveillante et la guerre nucléaire. Les 15 autres sont dites « catastrophiques ». On y trouve la pollution de l’air, la résistance aux antibiotiques, le climat, les pandémies, l’alcool, le tabac, la santé mentale, le vieillissement en mauvaise santé, l’hypertension et l’obésité.

Le palmarès en années de vie en bonne santé

Pour donner une échelle, la commission traduit les 13,8 milliards des inégalités en « 25 pandémies de Covid-19 ». Si tu appliques la même équivalence à l’obésité, tu arrives à environ 42 pandémies.

Étal de marché avec paniers d'aubergines, d'ail frais, de fèves, d'artichauts et d'asperges blanches

Ce que mesure vraiment ce chiffre

L’unité, c’est l’année de vie en bonne santé perdue. Elle additionne les années vécues malade ou handicapé et les années de vie écourtées. Une personne qui vit dix ans avec un diabète mal équilibré perd des années de ce type, même si elle ne meurt pas plus tôt.

Le point qui change la lecture : les auteurs ne prédisent pas 23,1 milliards d’années perdues. Ils chiffrent ce qui pourrait être évité par des politiques qui réduisent le risque d’obésité. Leur texte le dit ainsi : un fardeau « important et croissant, qui devrait s’aggraver avec le temps ». C’est une marge d’action, pas une fatalité.

Pourquoi l’obésité dépasse-t-elle des menaces plus spectaculaires ? Parce qu’elle combine deux choses : elle touche énormément de monde, et elle est presque certaine de continuer. Une guerre nucléaire tuerait bien plus vite, mais sa probabilité est faible. L’obésité, elle, est déjà là et elle progresse.

Et en France ?

L’étude OFÉO, menée pour la Ligue contre l’obésité, mesurait en 2024 que 18,1 % des adultes vivent avec une obésité, soit près de 10 millions de personnes. En comptant le surpoids, on monte à 48,7 %, presque un adulte sur deux. Le surpoids seul reste stable (30,3 % en 2020, 30,8 % en 2024). C’est l’obésité qui grimpe.

L’hypertension figure elle aussi dans la liste des 15 menaces. Les deux sont liées : chaque kilo perdu fait baisser la tension d’environ 1 mmHg, et des millions de Français ignorent la leur. On a détaillé ce lien entre poids et tension ici.

Jeune femme à lunettes de soleil qui roule à vélo dans une rue ensoleillée, devant une façade grise

Ce que ça change pour toi

Le rapport s’adresse d’abord aux gouvernements : prix, publicité, urbanisme, accès aux soins. Il ne te demande pas de te mettre au régime. Mais il rappelle des repères simples, que tu peux regarder en face sans dramatiser.

Si ton poids t’inquiète, ou si tu as une tension élevée, un diabète ou des antécédents familiaux, parles-en à ton médecin traitant. Lui seul peut faire le point sur ta situation et t’orienter si besoin.

Sources