Dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre, à 3 heures, il sera 2 heures. Tu gagnes une heure, et tout le monde en parle. Mais les chercheurs qui étudient l’horloge biologique s’intéressent à un autre décalage, bien plus banal : celui que tu t’infliges chaque week-end. Ils l’appellent le jetlag social. Selon l’équipe de Till Roenneberg à l’université de Munich, il touche deux personnes sur trois dans les pays occidentaux. Et il est associé à un IMC plus élevé, même à durée de sommeil égale.
Le changement d’heure tombe cette année le plus tôt possible. La règle européenne fixe le retour à l’heure d’hiver au dernier dimanche d’octobre. Le 31 octobre 2026 est un samedi, donc ce sera le 25.

Le résumé en 1 min 14, si tu préfères écouter.
Le jetlag social, c’est quoi exactement ?
Ton corps suit une horloge interne, réglée surtout par la lumière. Ta vie suit une autre horloge : le réveil, le travail, l’école. Quand les deux ne collent pas, ton corps vit dans un fuseau et ton agenda dans un autre.
Les chercheurs le mesurent avec une méthode simple. Tu prends le milieu de ta nuit les jours de travail, puis le milieu de ta nuit les jours libres. L’écart entre les deux, c’est ton jetlag social.
Un exemple que tu peux refaire chez toi
- En semaine, tu te couches à 23 heures et tu te lèves à 7 heures. Le milieu de ta nuit tombe à 3 heures.
- Le week-end, tu te couches à 1 heure et tu te lèves à 10 heures. Le milieu de ta nuit tombe à 5 h 30.
- Écart : 2 h 30. Chaque lundi, ton corps change de deux fuseaux horaires et demi, sans quitter ton lit.
Le changement d’heure ne décale ta montre qu’une fois, d’une heure. Ce décalage du week-end, lui, revient toutes les semaines.
Ce que disent les études sur le poids
La première grande étude date de 2012. L’équipe de Munich a exploité les réponses à son questionnaire sur les rythmes de sommeil, une base de plus de 130 000 personnes. Résultat publié dans Current Biology : au-delà de la durée de sommeil, le jetlag social est associé à un IMC plus élevé. Les auteurs écrivent que vivre « contre l’horloge » pourrait contribuer à l’épidémie d’obésité.
En 2015, une équipe a repris la question avec des mesures faites en clinique, pas déclarées. Elle a suivi 815 adultes de la cohorte de Dunedin, en Nouvelle-Zélande, tous sans travail de nuit ou posté. Le jetlag social y est lié à plusieurs marqueurs d’obésité et de dérèglement métabolique. Il est plus fort chez les personnes obèses dont le bilan métabolique est mauvais que chez celles dont il est bon (International Journal of Obesity).
En 2022, une méta-analyse de 27 études chez des adultes qui ne travaillent pas en horaires décalés a chiffré l’écart (Frontiers in Endocrinology) :
- les personnes au fort jetlag social ont un tour de taille plus grand de 0,8 cm en moyenne ;
- les « couche-tard » de nature ont un IMC plus élevé de 0,44 point que les « lève-tôt ».
Pour vérifier où tu te situes, tu peux calculer ton IMC et ton poids de forme avec nos calculateurs gratuits.

Pourquoi il faut rester prudent sur ces chiffres
Ces travaux montrent une association, pas une cause. Une personne qui se couche tard le samedi peut aussi manger plus tard, bouger moins ou dormir moins. Les études ajustent ce qu’elles peuvent, pas tout.
Chez les enfants, le signal est encore plus fragile. Une méta-analyse de 37 études et près de 198 000 jeunes, parue en 2026 dans Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases, trouve 25 % de risque de surpoids en plus chez ceux qui ont le plus fort jetlag social. Mais une fois la qualité des études prise en compte, l’écart n’est plus significatif. Les auteurs réclament des études plus solides.
Retiens donc l’ordre de grandeur : 0,8 cm de tour de taille, c’est peu à l’échelle d’une personne. C’est à l’échelle d’une population que l’effet compte.
Ce que tu peux faire de cette heure gagnée
Les chercheurs de Munich concluent qu’un meilleur accord entre l’horloge biologique et l’horloge sociale aiderait à gérer le poids. Ils citent eux-mêmes le changement d’heure parmi ce qui creuse le décalage. Sans en faire une règle, voici ce que ces travaux suggèrent :
- Réduis l’écart du week-end plutôt que de chercher à rattraper. Un réveil le samedi une heure plus tard au lieu de trois, c’est déjà deux heures de jetlag en moins.
- Va chercher la lumière du matin. C’est elle qui recale ton horloge interne. Après le 25, il fera jour plus tôt à ton réveil : une marche dehors en début de journée en profite.
- Ne sacrifie pas la durée. Dormir trop peu a ses propres effets sur la faim, que nous avons détaillés dans notre article sur les nuits de 5 h 30.
L’automne joue aussi sur la balance, surtout parce qu’on bouge moins quand la lumière baisse. On l’a chiffré dans notre article sur le demi-kilo d’automne.
Si tu dors mal depuis plusieurs semaines, si tu te réveilles épuisé ou si ton poids change sans raison, parles-en à ton médecin. Un trouble du sommeil se soigne, et il ne se règle pas avec un réveil.
Sources
- Directive 2000/84/CE : passage à l’heure d’hiver le dernier dimanche d’octobre, soit le 25 octobre 2026 à 3 heures.
- Roenneberg T., Allebrandt K. V., Merrow M., Vetter C., « Social jetlag and obesity », Current Biology, 2012, 22(10) : 939-943.
- Université Louis-et-Maximilien de Munich (LMU), communiqué du 10 mai 2012 : deux tiers de la population concernés, plus de 130 000 réponses au questionnaire.
- Parsons M. J. et coll., « Social jetlag, obesity and metabolic disorder: investigation in a cohort study », International Journal of Obesity, 2015, 39(5) : 842-848.
- Zhang R. et coll., méta-analyse de 27 études, Frontiers in Endocrinology, 2022, 13 : 1008820.
- Zhou J. et coll., méta-analyse de 37 études chez l’enfant et l’adolescent, Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases, 2026, 36(3) : 104420.