L’automne commence cette nuit, le 23 septembre à 2 h 05, heure de Paris. Et avec lui, la période de l’année où la balance monte. Pas de 2 ou 3 kg comme on le répète chaque hiver : les études qui ont pesé les gens pour de vrai trouvent environ un demi-kilo entre la rentrée et le mois de mars. Le problème n’est pas le chiffre. Le problème, c’est que ce demi-kilo ne repart pas au printemps.
Le résumé en 1 min 30, si tu préfères écouter.
86 kcal de plus par jour dès l’automne
L’étude la plus précise sur la saison vient de l’université du Massachusetts. Pendant un an, 593 adultes de 20 à 70 ans ont été pesés chaque trimestre, avec trois rappels alimentaires de 24 heures et un relevé d’activité physique à chaque passage. Résultat publié dans l’European Journal of Clinical Nutrition en 2006 (Ma et coll.) : en automne, les participants mangeaient 86 kcal de plus par jour qu’au printemps. Les graisses et les graisses saturées grimpaient en automne, les glucides au printemps.
Ce n’est pas une montagne. 86 kcal, c’est une tranche de pain ou une petite poignée de noix. Mais sur les 90 jours de l’automne, l’arithmétique donne près de 7 700 kcal. Le corps ne stocke pas tout, il compense une partie, comme le montre l’essai de 12 semaines de marche où 1 600 kcal brûlées par semaine n’ont fait perdre que 200 g. La compensation joue dans les deux sens, et elle ne rattrape jamais tout.

Un demi-kilo, pas trois : ce que disent les balances
La même étude a mesuré l’amplitude du poids sur l’année : environ 0,5 kg entre le point bas de l’été et le pic de l’hiver. L’écart était plus marqué chez les hommes, les personnes d’âge moyen et celles ayant fait moins d’études.
Un demi-kilo, c’est aussi ce qu’a trouvé l’équipe des National Institutes of Health américains dans le New England Journal of Medicine en 2000 (Yanovski et coll.). L’idée reçue, aux États-Unis comme ici, veut qu’on prenne 2,3 kg pendant les fêtes. Les chercheurs ont pesé 195 adultes quatre fois entre fin septembre et mars, sans leur dire ce qu’ils cherchaient. Prise de poids réelle pendant les fêtes : 0,37 kg. Bilan entre fin septembre et fin février : +0,48 kg. Six fois moins que la légende.
Le vrai piège : il ne repart pas
C’est la suite de l’étude qui compte. Les chercheurs ont revu 165 des participants au mois de septembre suivant. Entre mars et septembre, leur poids n’avait pas bougé : +0,21 kg, sans signification statistique. Le demi-kilo d’automne et d’hiver n’a pas été reperdu au printemps ni à l’été. La conclusion des auteurs est sèche : cette prise saisonnière, jamais compensée, est probablement une des sources de la prise de poids progressive à l’âge adulte. À ce rythme, dix hivers font cinq kilos.
Seize ans plus tard, les balances connectées ont confirmé le mécanisme à grande échelle. En 2016, toujours dans le New England Journal of Medicine, une équipe de Tampere, Cornell et Withings a analysé les pesées quotidiennes de 2 924 personnes pendant douze mois : 1 781 aux États-Unis, 760 en Allemagne, 383 au Japon. Dix jours après Noël, le poids était supérieur de 0,4 % aux États-Unis, 0,6 % en Allemagne et 0,5 % au Japon par rapport à dix jours avant, soit environ 0,6 kg, 0,8 kg et 0,5 kg. La moitié de cette prise était encore là l’été suivant.

Pourquoi l’automne, précisément
Trois choses bougent en même temps à partir de cette semaine.
La lumière
Du 23 septembre au 21 décembre, Paris perd près de quatre heures de jour. On sort moins, on marche moins. Dans l’étude du Massachusetts, l’activité physique est au plus bas en hiver et au plus haut au printemps, exactement à l’inverse du poids.
L’assiette
Les plats d’automne sont plus gras que ceux d’été, et l’étude le mesure : la part des graisses saturées fait son pic en automne. Ce n’est pas une question de volonté, c’est une question de menu. Une salade de tomates et un gratin n’ont pas le même bilan, même quand tu manges à ta faim dans les deux cas.
Le calendrier
Les fêtes de fin d’année arrivent quand le corps a déjà pris son petit excédent d’automne. Elles ajoutent leur propre demi-kilo, celui des balances Withings. Les deux s’additionnent.
Ce que ça change pour toi
Un demi-kilo ne se voit pas dans le miroir et ne se sent pas dans un jean. C’est précisément pour ça qu’il reste. Trois repères, sans régime et sans promesse :
- Connais ton point de départ. Pèse-toi cette semaine, dans les mêmes conditions à chaque fois, et note le chiffre. En mars, tu sauras si l’automne t’a coûté quelque chose, plutôt que de le découvrir dans cinq ans. Ton IMC te donne le cadre dans lequel ce chiffre bouge.
- Mets 86 kcal à l’échelle de ton corps. Pour une personne dont le métabolisme de base est de 1 400 kcal, c’est 6 % de ce qu’elle brûle au repos. Pour 1 900 kcal, c’est 4,5 %. Le calcul prend une minute et rend le chiffre concret.
- Garde la marche quand la lumière part. Ce n’est pas l’assiette d’automne qui fait la différence dans les études, c’est le mouvement qui disparaît avec le jour. Le trajet à pied ou à vélo qui tenait en septembre est celui qu’il faut protéger en novembre.
Si ton poids varie de plusieurs kilos d’une saison à l’autre, ou s’il grimpe sans que ton mode de vie ait changé, ce n’est plus une question de saison : parles-en à un médecin ou à un diététicien.
Sources
- Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE) : équinoxe d’automne le 23 septembre 2026 à 2 h 05, heure de Paris.
- Ma Y. et coll., « Seasonal variation in food intake, physical activity, and body weight in a predominantly overweight population », European Journal of Clinical Nutrition, 2006 ; 60 : 519-528.
- Yanovski J.A. et coll., « A prospective study of holiday weight gain », New England Journal of Medicine, 2000 ; 342 : 861-867.
- Helander E.E., Wansink B., Chieh A., « Weight gain over the holidays in three countries », New England Journal of Medicine, 2016 ; 375 : 1200-1202.