La Semaine européenne de la mobilité s’ouvre demain, du 16 au 22 septembre 2026, avec sa Journée sans voiture le 22. Bon moment pour regarder un chiffre que l’Insee a sorti et que peu de gens connaissent : en France, un actif sur trois habite à moins de 5 km de son travail, et 60 % de ces actifs-là prennent quand même la voiture. Or les cohortes qui ont mesuré la question sont nettes. À âge, revenu et sport égal, ceux qui vont travailler à vélo affichent 1,7 point d’IMC de moins que ceux qui roulent en voiture, et un risque de décès plus bas de 41 % sur cinq ans. Voici les chiffres, d’où ils viennent, et ce qu’ils valent vraiment.
Le résumé en 1 min 30, si tu préfères écouter.
60 % en voiture pour moins de 5 km : le constat de l’Insee
La source, c’est l’Insee Première n° 1835, publié en janvier 2021 à partir du recensement 2017. Sur 26,8 millions d’actifs en emploi, 74 % vont travailler en voiture, 16 % en transports en commun, 6 % à pied et 2 % à vélo.
Le détail par distance est plus parlant. Un tiers des actifs (33 %) parcourent au plus 5 km pour rejoindre leur poste. Sur ces trajets courts, la voiture reste à 60 %. Entre 1 et 2 km, 56 % des actifs prennent encore la voiture, contre 23 % à pied et 6 % à vélo. Et l’Insee a isolé 1,2 million de personnes qui travaillent à moins d’un kilomètre de chez elles avec une adresse certaine : 42 % d’entre elles y vont en voiture.
Les exceptions existent. À Grenoble et Strasbourg, 17 % des actifs pédalent pour aller travailler. Chez les cadres qui habitent à moins de 5 km, le vélo monte à 8 % et la voiture descend à 49 %. Mais à l’échelle du pays, le trajet court en voiture reste la norme.
1,7 point d’IMC en moins chez ceux qui pédalent
C’est le résultat de la plus grosse étude sur le sujet, publiée dans The Lancet Diabetes & Endocrinology en 2016 par Ellen Flint et Steven Cummins, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine. Ils ont exploité la cohorte UK Biobank : 72 999 hommes et 83 667 femmes de 40 à 69 ans, pesés et mesurés au centre d’examen, pas déclarés par téléphone.
Comparés aux personnes qui font tout le trajet en voiture, et après ajustement sur l’âge, le revenu, le niveau d’études, l’alimentation, le sport pratiqué à côté et le tabac :
- ceux qui vont travailler à vélo, ou à vélo et à pied, ont un IMC plus bas de 1,71 point chez les hommes et 1,65 point chez les femmes ;
- leur masse grasse est plus basse de 2,75 points chez les hommes et 3,26 points chez les femmes ;
- même ceux qui combinent transports en commun et marche gagnent 1 point d’IMC chez les hommes et 0,67 chez les femmes.
Pour donner un ordre de grandeur : 1,7 point d’IMC, pour une personne de 1,75 m, ça représente environ 5 kg. Tu peux vérifier ce que ça donne à ta taille sur notre calculateur d’IMC.
Une première étude des mêmes auteurs, dans le BMJ en 2014 sur 7 534 adultes britanniques, allait déjà dans ce sens, avec un IMC plus bas d’environ 1 point chez les hommes et 0,9 chez les femmes qui se déplacent à pied ou à vélo, masse grasse mesurée par impédancemétrie.

Et si tu changes de mode de transport ?
Une différence entre deux groupes ne prouve pas que le vélo fait maigrir : les gens minces choisissent peut-être plus souvent le vélo. Flint et Cummins ont donc suivi 5 861 personnes de la même cohorte, repesées après 4,4 ans en moyenne, dans The Lancet Public Health en 2016.
Ceux qui sont passés de la voiture au vélo, à la marche ou aux transports en commun ont perdu 0,30 point d’IMC. Ceux qui ont fait le chemin inverse, du mode actif vers la voiture, en ont pris 0,32. L’effet est modeste mais symétrique, et il tient après ajustement sur le revenu et les autres facteurs.
À Cambridge, l’équipe d’Oliver Mytton a suivi 809 salariés sur un an (Preventive Medicine, 2016). Ceux qui ont maintenu leur trajet à vélo affichaient un IMC plus bas de 1,14 point que ceux qui n’ont jamais pédalé. Et le projet européen PASTA, sur 7 380 adultes dans sept villes dont Rome, Vienne et Barcelone, a mesuré qu’à chaque jour de voiture en plus par mois, l’IMC monte de 0,027 point.
41 % de décès en moins sur cinq ans : la cohorte de Glasgow
Le chiffre le plus fort vient du BMJ d’avril 2017. Carlos Celis-Morales et Jason Gill, de l’université de Glasgow, ont suivi 263 450 participants de UK Biobank pendant cinq ans, âge moyen 52,6 ans. Comparé au trajet en voiture ou en transports en commun, le trajet à vélo est associé à :
- un risque de décès toutes causes plus bas de 41 % ;
- un risque de maladie cardiovasculaire plus bas de 46 %, et de décès cardiovasculaire plus bas de 52 % ;
- un risque de cancer plus bas de 45 %.
Et la marche ?
Elle protège moins, et c’est logique : on marche moins loin, moins vite, moins longtemps. Le trajet à pied est associé à un risque cardiovasculaire plus bas de 27 % et un risque de décès cardiovasculaire plus bas de 36 %. Sur la mortalité toutes causes et le cancer, aucune différence significative. Les auteurs le disent eux-mêmes : l’intensité compte, et les marcheurs de l’étude faisaient en moyenne moins de dix kilomètres par semaine.

Combien ça brûle, 5 km à vélo ?
Le Compendium of Physical Activities, la table de référence utilisée par les épidémiologistes, attribue au trajet domicile-travail à vélo, à l’allure choisie par la personne, une intensité de 6,8 MET. Une personne de 70 kg dépense donc environ 476 kcal par heure de pédalage. Cinq kilomètres à 15 km/h, c’est vingt minutes : à peu près 160 kcal à l’aller, 320 kcal pour la journée. Sur 220 jours travaillés, l’ordre de grandeur est de 70 000 kcal par an.
Ce sont des calculs sur table, pas des promesses. Le corps compense une partie de la dépense, on l’a vu avec l’étude sur 12 semaines de marche, et l’appétit suit souvent. C’est d’ailleurs pour ça que l’écart mesuré entre cyclistes et automobilistes reste de quelques kilos, pas de dix. Si tu veux situer ces 320 kcal par rapport à ce que ton corps dépense au repos, le calcul du métabolisme de base donne le point de départ.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Trois réserves, parce qu’elles comptent.
Ce sont des associations. Même avec l’ajustement, il reste un biais de sélection possible : une personne en bonne santé pédale plus volontiers. Le suivi longitudinal de Flint réduit ce doute sans l’effacer.
Les cohortes sont britanniques. UK Biobank a recruté des volontaires plutôt aisés et en meilleure santé que la moyenne. Les valeurs absolues ne se transposent pas telles quelles à la France, la direction de l’effet, oui.
Le vélo n’est pas un traitement. Si tu as un problème cardiaque, articulaire ou respiratoire connu, ou que tu reprends une activité après des années d’arrêt, l’avis de ton médecin passe avant le changement de trajet. Cet article décrit des données de population, il ne remplace pas une consultation.
Par quoi commencer cette semaine
La Semaine de la mobilité sert justement à tester. Si tu es dans le tiers des actifs à moins de 5 km, un aller à vélo ou à pied un jour sur cinq suffit pour voir ce que le trajet demande vraiment : le temps réel, la douche ou pas, la tenue. La combinaison transports en commun plus marche compte aussi, l’étude de Flint lui attribue un point d’IMC d’écart chez les hommes.
Et si tu restes ensuite assis huit heures au bureau, le trajet ne suffira pas à lui seul : on a détaillé le seuil dans l’article sur Septembre Bouge. Pour suivre ton IMC, ton poids idéal selon Lorentz ou Creff et ton métabolisme de base d’un mois sur l’autre, les quatre calculateurs sont gratuits et sans inscription.
Sources : Insee Première n° 1835, « La voiture reste majoritaire pour les déplacements domicile-travail, même pour de courtes distances », janvier 2021 ; Flint E, Cummins S, The Lancet Diabetes & Endocrinology, 2016 ; Flint E, Webb E, Cummins S, The Lancet Public Health, 2016 ; Flint E, Cummins S, Sacker A, BMJ, 2014 ; Mytton OT et al., Preventive Medicine, 2016 ; Dons E et al., Environment International, 2018 ; Celis-Morales CA et al., BMJ, 2017 ; Compendium of Physical Activities, 2011 ; Semaine européenne de la mobilité 2026, 16-22 septembre.