Le 19 octobre, l’Anses a mis en ligne un avis de 72 pages sur les compléments alimentaires au shiitaké, au reishi et au maïtaké. Sa conclusion tient en une ligne : ces champignons sont vendus en gélules par centaines de références, ils ont déjà provoqué des effets indésirables, et aucune règle française ni européenne ne fixe ce qu’on a le droit de mettre dedans.

Tu les croises en pharmacie, en magasin bio, dans des boissons aux champignons et dans certaines formules minceur. Voici ce que l’agence a vraiment trouvé, chiffres à l’appui.

Le résumé en 1 min 23, si tu préfères écouter.

38 signalements en quinze ans, 19 cas retenus

Entre 2009 et le 1er octobre 2024, le dispositif de nutrivigilance de l’Anses a reçu 38 signalements impliquant un produit qui contenait au moins l’un des trois champignons. Les experts ont jugé le lien au moins possible pour 19 d’entre eux.

Le total dépasse 19 parce que beaucoup de gélules mélangent deux ou trois champignons. Les centres antipoison ont ajouté 11 cas de leur côté entre 2010 et 2022, surtout des réactions de peau, des troubles du foie et des troubles digestifs.

Ces chiffres paraissent faibles. Mais un signalement de nutrivigilance suppose qu’un soignant fasse le lien et prenne le temps de déclarer. Ce que l’agence voit est un plancher, pas un compte exact.

Reishi aux chapeaux orangés et pieds rouge laqué, cultivé sur un substrat blanc

Le cas qui fait réfléchir : une formule minceur de plus de 20 ingrédients

Dans le tableau des cas, une ligne arrête l’œil. Une femme de 71 ans a fait une hépatite fulminante mortelle après quatre mois d’un complément à visée minceur. Le lien avec le produit a été jugé vraisemblable.

Le shiitaké n’y pesait qu’1 mg, perdu au milieu de plus de vingt ingrédients : levure de riz rouge, garcinia, café vert, guggul, coleus, rhubarbe… L’Anses rappelle que la levure de riz rouge est elle-même potentiellement toxique pour le foie. Personne ne peut dire quel ingrédient a fait le dégât, et c’est exactement le problème : plus la liste s’allonge, plus le risque devient impossible à attribuer.

Ce n’est pas un cas isolé dans l’avis. Sur les six cas liés au maïtaké, cinq impliquent aussi d’autres ingrédients, dont plusieurs connus pour abîmer le foie ou les reins, comme la berbérine ou la griffe de chat.

Ce que chaque champignon peut provoquer

Shiitaké : la peau et le ventre

La littérature décrit une centaine de cas de dermatite flagellée : des stries rouges qui démangent, comme des coups de fouet sur la peau, après un shiitaké cru ou mal cuit. Un cas est survenu avec une simple gélule. L’agence cite aussi des allergies et des intolérances digestives.

Reishi : le foie et le sang

Les cas publiés touchent surtout le foie, avec quelques cas jugés préoccupants de pancytopénie, une chute de toutes les cellules du sang. Le reishi peut aussi interagir avec les anticoagulants, les antiagrégants, les traitements du diabète, du cholestérol, les immunosuppresseurs et les anticancéreux.

Maïtaké : peu de cas, peu de données

Le maïtaké compte peu de signalements, mais l’Anses souligne surtout qu’on manque de données toxicologiques. Un risque d’interaction avec les anticoagulants ne peut pas être écarté.

Shiitakés séchés aux lamelles beiges dans un bol en bois foncé

Pourquoi on ne sait même pas ce que contient la gélule

Entre 2016 et 2022, la DGCCRF a enregistré 410 produits au shiitaké, 432 au reishi et 261 au maïtaké. Or derrière le mot « reishi » se cachent au moins six espèces distinctes, et derrière « maïtaké », trois. Quand l’étiquette dit juste « reishi », personne ne sait de quel champignon il s’agit, ni quelle partie, ni comment il a été extrait.

Côté règles, c’est le vide. La France encadre les plantes autorisées dans les compléments, mais les champignons ont été sortis de cette liste. Aucun texte européen ne fixe non plus d’espèces, de doses ou d’avertissements. L’Anses demande un cadre français en attendant l’Europe.

Les promesses, elles, ont déjà été tranchées. En 2011, l’autorité européenne de sécurité des aliments a refusé que le maïtaké se vante d’« aider à maîtriser la glycémie », que le shiitaké et le maïtaké revendiquent un effet sur les défenses immunitaires, et que le reishi prétende « stimuler le corps en phase d’épuisement ». Le principe est le même que pour les calories : l’étiquette ne dit pas toujours ce que tu crois.

Ce que ça change pour toi

Le champignon dans ton assiette n’est pas visé. Le shiitaké et le maïtaké figurent sur la liste des champignons comestibles, avec deux consignes : bien cuire le shiitaké, consommer le maïtaké jeune. L’Anses conseille aux adultes de ne pas dépasser 150 à 200 g de champignons frais par semaine, tous champignons confondus.

Pour les gélules, l’agence formule des recommandations simples :

Ces produits sont déconseillés aux femmes enceintes ou qui allaitent, aux enfants et aux adolescents. Si tu suis un traitement contre le diabète, le cholestérol ou pour fluidifier le sang, parles-en à ton médecin avant toute gélule de reishi ou de maïtaké.

Et si c’est ton métabolisme que tu espères relancer, aucune gélule ne l’a jamais prouvé. Ce qui le fixe d’abord, c’est ton âge, ta taille, ton poids et ton niveau d’activité : calcule ton métabolisme de base pour savoir d’où tu pars, puis compare avec nos calculateurs de poids.

Source : avis de l’Anses relatif à l’évaluation des effets indésirables liés à la consommation de compléments alimentaires contenant les champignons shiitaké, reishi et maïtaké, saisine n° 2022-AUTO-0158, signé le 1er octobre 2026 et mis en ligne le 19 octobre 2026. Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.