Vendredi 16 octobre, c’est la Journée mondiale de l’alimentation. Et les deux derniers grands rapports des Nations unies racontent une histoire qu’on n’attend pas : dans le monde, il y a désormais plus d’adultes obèses que de personnes qui ont faim. 940 millions d’un côté, selon la fiche de l’OMS mise à jour le 7 octobre 2026. 645 millions de l’autre, selon le rapport SOFI 2026 publié en juillet. Les deux chiffres ne s’opposent pas. Ils parlent souvent du même problème : le prix d’une assiette équilibrée.
Le résumé en 1 min 28, si tu préfères écouter.
Deux courbes qui se croisent
La faim recule, lentement
Le rapport SOFI 2026 est signé par cinq agences de l’ONU : FAO, FIDA, UNICEF, PAM et OMS. Il estime que 7,8 % de la population mondiale a connu la faim en 2025, contre 8,1 % en 2024 et 8,6 % en 2022. C’est la troisième baisse d’affilée. En nombre, cela fait environ 645 millions de personnes, soit 14 millions de moins qu’un an plus tôt.
L’obésité monte, sans pause
Dans le même temps, la part d’adultes obèses dans le monde est passée de 12,1 % en 2012 à 16,2 % en 2024. C’est le même rapport qui le note, en précisant que l’objectif mondial était d’enrayer cette hausse d’ici 2025. Il est raté.
La fiche de l’OMS donne l’échelle complète. En 2024, 2,6 milliards d’adultes étaient en surpoids, soit 45 % des plus de 18 ans. Parmi eux, 940 millions vivaient avec une obésité. En 1990, seuls 25 % des adultes étaient en surpoids. L’obésité adulte a plus que doublé depuis. Les écarts entre régions sont énormes : 32 % d’adultes en surpoids en Asie du Sud-Est et en Afrique, 68 % sur le continent américain.
Fais le calcul : il y a aujourd’hui quatre fois plus d’adultes en surpoids que de personnes qui ont faim.

Le vrai lien entre les deux : le prix de l’assiette
On pourrait croire que la faim et l’obésité sont deux mondes séparés. Les rapports disent l’inverse. Le sujet central du SOFI 2026, c’est le coût d’une alimentation saine.
En 2025, une alimentation saine coûtait en moyenne 4,28 dollars par personne et par jour, en parité de pouvoir d’achat. C’était 3,44 dollars en 2021 et 2,94 dollars en 2017. Le prix a grimpé de 45 % en huit ans. Résultat : 2,69 milliards de personnes n’avaient pas les moyens de s’offrir cette assiette en 2025, soit près d’une personne sur trois. En Afrique, c’est 66,6 % de la population.
Ce qui coûte le plus cher dans un panier sain, selon le rapport : les produits animaux, les fruits et les légumes. Ce qui coûte le moins cher, l’OMS le dit en toutes lettres : les aliments riches en gras, en sucre et en sel, denses en calories et pauvres en micronutriments.
Le double fardeau
L’OMS appelle cela le double fardeau de la malnutrition. Dans beaucoup de pays à revenu faible ou intermédiaire, la sous-nutrition n’a pas disparu que l’obésité est déjà là. Parfois dans le même pays, dans la même ville, et chez des enfants exposés très tôt à des produits bon marché, caloriques et peu nourrissants. L’OMS note d’ailleurs que l’obésité progresse aujourd’hui plus vite dans les pays à revenu faible ou intermédiaire et dans les zones rurales que dans les villes des pays riches.
Surpoids ne veut pas dire bien nourri
C’est l’idée reçue que ces chiffres font tomber. Un corps qui reçoit assez de calories peut manquer de fer, de vitamines ou de fibres. Le SOFI 2026 le montre de deux façons :
- l’anémie chez les femmes de 15 à 49 ans s’aggrave, au moment même où l’obésité adulte progresse ;
- seulement 30,8 % des enfants de 6 à 23 mois ont une alimentation un minimum variée.
Autrement dit, le problème n’est pas seulement la quantité. C’est ce qu’il y a dans l’assiette. On l’a vu avec les produits ultra-transformés : à repas comparables sur le papier, un essai du NIH a mesuré 508 kcal avalées en plus par jour quand les aliments étaient ultra-transformés.
Et en France ?
La France n’échappe pas à la tendance. L’étude OFÉO, publiée en juin 2024 par la Ligue nationale contre l’obésité, estime que 18,1 % des adultes vivent avec une obésité, soit près de 10 millions de personnes. En ajoutant le surpoids, on atteint 48,7 % des adultes.
La part du surpoids seul reste stable, autour de 30 %. C’est l’obésité qui grimpe : 8,5 % en 1997, 15 % en 2012, 17 % en 2020, puis 18 % en 2024. Le chiffre a plus que doublé en vingt-sept ans.

Ce que ça change pour toi
Ces chiffres mondiaux ne te disent rien sur toi. Ils disent quelque chose sur l’environnement dans lequel on mange tous. Trois réflexes pour en tirer quelque chose de concret :
- Connais ton point de départ. L’IMC reste l’outil de base de l’OMS : ton poids en kilos divisé par ta taille au carré. Tu peux le calculer en quelques secondes, avec les formules de poids idéal, sur nos calculateurs gratuits.
- Sache combien ton corps dépense. Tes besoins ne sont pas ceux du voisin. Le calcul de ton métabolisme de base te donne un ordre de grandeur de ce que ton corps brûle au repos.
- Regarde la qualité, pas seulement les calories. Les légumineuses comme les lentilles, les pois cassés ou les pois chiches font partie des aliments les moins chers à apporter des protéines et des fibres. Les repères de l’Anses recommandent d’en manger plus souvent, comme les céréales complètes, les fruits et les légumes, et de limiter la charcuterie et les boissons sucrées.
Un IMC n’est pas un diagnostic. Si ton poids ou ton alimentation t’inquiètent, ou si tu as des signes de fatigue inhabituelle, parles-en à ton médecin traitant ou à un diététicien. Eux seuls peuvent replacer un chiffre dans ton histoire.
Sources
- Organisation mondiale de la santé, fiche « Obésité et surpoids », mise à jour le 7 octobre 2026.
- FAO, FIDA, UNICEF, PAM et OMS, « L’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde » (SOFI 2026), communiqué du 20 juillet 2026.
- FAO, Journée mondiale de l’alimentation 2026, 16 octobre, thème « Innover aujourd’hui pour nourrir demain ».
- Ligue nationale contre l’obésité, étude épidémiologique OFÉO, juin 2024.
- Hall K. D. et al., essai sur les aliments ultra-transformés, Cell Metabolism, 2019.