Une tasse de café brûle environ 6 kcal. Pas 60, pas 100 : 6. C’est ce que donne l’étude de référence sur la caféine et la dépense d’énergie, publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition en 1989, une fois ramenée à un métabolisme de base ordinaire. Le morceau de sucre que tu laisses tomber dedans en apporte 20. Et le plus surprenant vient d’une étude de Harvard menée sur trois cohortes : sur la balance, le décaféiné fait exactement aussi bien que le café normal. Autrement dit, ce n’est pas la caféine qui explique le lien entre café et poids. À dix jours de la première Journée internationale du café inscrite au calendrier de l’ONU, le 1er octobre, voici les chiffres, et ce qu’ils changent pour toi.
Le résumé en 1 min 30, si tu préfères écouter.
1er octobre 2026 : le café entre au calendrier de l’ONU
La date existait déjà. L’Organisation internationale du café fête le 1er octobre depuis 2015. Ce qui change cette année, c’est le statut : le 10 mars 2026, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution A/80/L.44, qui fait du 1er octobre la Journée internationale du café, au même rang que les quelque 140 journées internationales officielles. La FAO en coordonne la mise en œuvre avec l’Organisation internationale du café. Derrière, une filière qui fait vivre environ 25 millions de producteurs et pèse plus de 200 milliards de dollars par an.
En France, le café est une habitude de masse : d’après les études de consommation Ifop de 2026, huit Français sur dix en boivent tous les jours, deux à trois tasses en moyenne. Et une partie d’entre eux le boit avec une idée en tête : le café « brûle des graisses », il « réveille le métabolisme ». C’est cette idée qu’on va peser.
Ce qu’une tasse brûle vraiment : 3 à 4 % pendant 150 minutes
La mesure la plus citée vient de l’équipe d’Abdul Dulloo, publiée en 1989 dans l’American Journal of Clinical Nutrition. Les chercheurs ont donné 100 mg de caféine, l’équivalent d’un mug de café filtre, à des volontaires minces et à d’anciens obèses stabilisés, puis ont mesuré leur dépense d’énergie au repos. Résultat : une hausse de 3 à 4 % du métabolisme de repos pendant 150 minutes, dans les deux groupes.
Traduisons. Un métabolisme de base de 1 600 kcal par jour, c’est 1,1 kcal par minute. Sur 150 minutes, ça fait environ 167 kcal dépensées de toute façon. 3 à 4 % de plus, c’est 5 à 7 kcal. Une tasse de café brûle donc à peu près 6 kcal. Avec un métabolisme de 2 000 kcal, tu montes à 8. Si tu veux ton chiffre à toi, calcule ton métabolisme de base et prends-en 3,5 % sur deux heures et demie.
La même étude a poussé plus loin : 100 mg toutes les deux heures pendant douze heures, soit 600 mg de caféine dans la journée. Là, la dépense diurne grimpe de 8 à 11 %, sans effet la nuit. Bilan sur 24 heures : 150 kcal de plus chez les volontaires minces, 79 kcal chez les anciens obèses. C’est le chiffre qui circule partout, « le café fait brûler 150 kcal par jour ». Il suppose six mugs de café filtre, et 600 mg de caféine, au-dessus de la limite de sécurité européenne dont on reparle plus bas. Et il tombe de moitié chez ceux qui ont justement un passé de surpoids.

Ce que le sucre et le lait ajoutent : 20 kcal par morceau
Face aux 6 kcal brûlées, il y a ce que tu mets dedans. Un morceau de sucre de 5 g apporte 20 kcal : la table Ciqual de l’Anses donne environ 400 kcal pour 100 g de sucre blanc. Un sucre dans chaque café, trois cafés par jour, c’est 60 kcal ajoutées pour 18 brûlées. Deux sucres, et l’écart passe à 120 contre 18. Le café « brûle-graisse » sucré est un café qui fait gagner des calories, dix fois plus qu’il n’en dépense.
Le lait pèse plus lourd encore. Le lait entier apporte une soixantaine de kcal aux 100 ml, le demi-écrémé un peu moins de 50, toujours selon Ciqual. Un latte de 25 cl de lait entier, c’est donc autour de 160 kcal, sans le sirop ni la chantilly. Un nuage de lait dans un café, 2 cl, reste anecdotique : une dizaine de kcal. C’est la taille du verre qui fait la différence, pas le principe.
Trois cohortes de Harvard : le déca fait aussi bien
La question qui compte n’est pas combien une tasse brûle sur deux heures, mais ce que le café change sur le poids au fil des années. C’est ce qu’a mesuré une équipe de l’école de santé publique de Harvard, dans une étude publiée en octobre 2023 dans l’American Journal of Clinical Nutrition. Elle s’appuie sur trois grandes cohortes de professionnels de santé américains, suivis de 1986 à 2015, plus de 150 000 personnes, dont on a comparé les changements d’habitude café et les changements de poids sur des périodes de quatre ans.
Le résultat tient en trois nombres. Chaque tasse quotidienne de café caféiné non sucré en plus va avec 0,12 kg de prise de poids en moins sur quatre ans. Chaque tasse de décaféiné non sucré en plus : 0,12 kg en moins aussi, exactement la même valeur. Et chaque cuillère à café de sucre ajoutée : 0,09 kg en plus. La crème et les blanchisseurs de café, eux, n’ont pas montré de lien significatif avec le poids.
Deux lectures. La première : si le déca fait aussi bien que le café, la caféine et ses 6 kcal par tasse n’expliquent pas l’écart. Les auteurs évoquent plutôt ce que le café remplace, souvent une boisson sucrée, et un effet sur l’appétit. La seconde : l’écart est minuscule. 120 g sur quatre ans, c’est 30 g par an. Ce n’est pas un levier de perte de poids, c’est un frein léger à la prise de poids, et les auteurs eux-mêmes parlent d’association, pas de cause démontrée. L’effet était un peu plus marqué chez les plus jeunes et chez ceux qui partaient d’un IMC plus élevé.

La limite : 400 mg par jour, 200 mg d’un coup
Si les 150 kcal de l’étude de 1989 te tentent, regarde d’abord la dose. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a rendu son avis sur la caféine en mai 2015. Pour un adulte en bonne santé, une consommation de 400 mg par jour, toutes sources confondues, ne pose pas de problème de sécurité, et une prise unique ne devrait pas dépasser 200 mg. Pour une femme enceinte ou qui allaite, la limite quotidienne tombe à 200 mg. L’EFSA donne aussi les repères : une tasse de café filtre de 200 ml apporte environ 90 mg de caféine, un expresso de 60 ml environ 80 mg. Quatre mugs, et la journée est pleine. Les 600 mg du protocole de 1989 sont au-dessus.
La caféine agit aussi sur le cœur et le sommeil. Une prise de 200 mg peut monter la pression artérielle de quelques points pendant plusieurs heures, et une tasse bue en fin d’après-midi retarde l’endormissement chez beaucoup de gens. Or, on l’a vu ici à propos du pouls au repos, ce qui pèse sur ton risque cardiaque se joue sur des années, pas sur une tasse. Si tu as de la tension, un trouble du rythme, ou si tu es enceinte, la dose de café se règle avec ton médecin.
Ce que ça change pour toi
Trois choses à retenir. D’abord, le café ne fait pas maigrir, et une tasse ne brûle que 6 kcal : le café « brûle-graisse » est un slogan, pas un résultat. Ensuite, ce que tu mets dedans compte dix fois plus que ce qu’il brûle : un sucre par tasse efface trois fois l’effet de la caféine, et un grand latte vaut un dessert. Enfin, si tu aimes le café, bois-le noir ou avec un nuage de lait, caféiné ou non selon ton sommeil, et sans dépasser quatre tasses. Sur quatre ans, il t’aidera peut-être à ne pas prendre 120 g. C’est peu, mais c’est dans le bon sens, et ça ne coûte rien.
Sources
- Dulloo A.G., Geissler C.A., Horton T., Collins A., Miller D.S., « Normal caffeine consumption: influence on thermogenesis and daily energy expenditure in lean and postobese human volunteers », American Journal of Clinical Nutrition, 1989, 49(1), 44-50.
- Henn M., Glenn A.J., Willett W.C., Martínez-González M.A., Sun Q., Hu F.B., « Changes in Coffee Intake, Added Sugar and Long-Term Weight Gain. Results from Three Large Prospective US Cohort Studies », American Journal of Clinical Nutrition, 2023, 118(6), 1164-1171.
- EFSA, Scientific Opinion on the safety of caffeine, EFSA Journal, 27 mai 2015.
- Anses, table de composition nutritionnelle Ciqual, fiches « Sucre blanc », « Lait entier UHT » et « Lait demi-écrémé UHT ».
- Assemblée générale des Nations unies, résolution A/80/L.44 du 10 mars 2026 instituant la Journée internationale du café ; page « Journée internationale du café » du site de l’ONU ; F&CM, « Le 1er octobre devient Journée internationale du café de l’ONU », 19 mars 2026.
- Ifop, études de consommation café 2026, citées par Crack Cafés, septembre 2026.